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LÉGISLATION CARLOVINGIENNE

au concile tenu à Chiersy en 849. On était si peu disposé alors à infliger des châtiments corporels aux hérétiques que le concile, en ordonnant que Gottschalc fût battu de verges, prit soin d'indiquer qu'il s'agissait là seulement d'une discipline prévue par le concile d'Agde, à l'adresse des moines qui violeraient la règle de St-Benoit en voyageant sans lettres de recommandation de leurs évêques. Si le moine fut mis en prison, c'était simplement, nous dit-on, pour l'empêcher de répandre son hérésie. La législation carlovingienne était extrêmement modérée à légard des hérétiques, qu'elle se con- 218 tentait de classer avec les païens, les Juifs et autres personnes infâmes, en les soumettant à certaines incapacités légales (4). Au xe siècle, l'Europe occidentale resta comme plongée dans une stupeur peu favorable au développement de l'hérésie, qui suppose une certaine intensité de vie intellectuelle. L'Église, régnant sans partage sur les consciences endormies, déposa les armes rouillées de la persécution et en oublia l'usage. Quand, vers 1018, l'évêque Burchard compila sa collection de droit canonique, il ne fit même pas une allusion aux opinions hérétiques et aux châtiments qu'elles comportaient, si ce n'est en rappelant quelques règles oubliées, promulguées en 305 par le concile d'Elvire, concernant les apostats qui feraient retour à l'idolâtrie. Même l'introduction de la doctrine de la transubstantiation fut reçue avec une soumission passive ; deux siècles seulement après Gottschalc, Bérenger de Tours la mit en doute, mais comme il n'avait pas l'étoffe d'un martyr, il céda à une pression modérée et se rétracta. La foi plus ardente des Cathares, qui commencèrent à troubler au xie siècle les eaux

(1) Mag. Bib.. Pat. ix, u, 875. — Chron. Turon. ann. 878. — Goncil. Ratispon. ann. 792. — C. Franc fortiens. ann. 794. — C. Romanum ann. 799. — C. Aquisgran. ann. 799. — Alcuini Epist. 108, 117. — Agobardi lib. adv. Feitcmi, c. 5, 6.

— JNic. Anton. Bib. Vet. His >an. lib. vi, c. n, n° 42-3 (cf. Pelayo, Heterod. Espaû. i, 297, 673 et suiv.) — Hincmari Remens, de Prédestinât, u, c. 2. — Ann. Bertin'. ann. 849. — Concil. Carisiacens. ann. 849 {cf. C. Agathens. ann. 506, c. 38).

— Cap. Car. Mag. ann. 789, c. 44. — Capitul. Add. m, c. 90.

Pour le peu de gravité des incapacités légales qui pesaient sur les Juiis à 1 époque carolingienne, voir Reginald Lane Poole, Illustrations of the hïstory of médiéval thouyht, Londres, 1884, p. 47.

l'évêque wazo 247

stagnantes de l'orthodoxie, appelait des mesures énergiques; mais même avec ces sectaires abhorrés, l'Église se décida bien difficilement à user de rigueur. C'était pour elle une tâche toute nouvelle; elle craignait de se mettre en contradiction avec ses propres enseignements, qui recommandaient la charité, et il fallait le fanatisme populaire pour la réveiller de son inaction. La persécution d'Orléans en 1017 ne fut pas son œuvre,~mais celle du roi Robert le Pieux ; les bûchers de Milan, peu de temps après, furent allumés par le peuple contrairement à la volonté de l'archevêque. L'Église était si peu préparée à ses nouveaux et terribles devoirs que lorsque, vers 1045, quelques Manichéens furent découverts à Châlons, l'évêque Roger s'adressa à l'évêque Wazo de Liège pour savoir ce qu'il devait en faire et s'il devait les livrer au bras séculier pour être punis; à quoi le bon Wazo répondit que leurs vies ne devaient pas être sacrifiées par le glaive temporel, puisque Dieu, leur Créateur et leur sauveur, témoignait envers eux sa patience et 219 sa pitié. Le chanoine Anselme, biographe de Wazo, condamne énergiquement les exécutions qui eurent lieu à Goslar en 1052 sous Henri III, disant que, si Wazo avait été là, il s'y serait opposé comme Saint-Martin dans le cas de Priscillien. La même douceur marqua la conduite de St-Anno de Cologne vers 1060. Quelques-uns avaient refusé, malgré des injonctions répétées, de renoncer à l'usage du lait, des œufs et du fromage pendant le Carême; l'archevêque finit par leur permettre d'agir à leur guise, ajoutant que ceux qui étaient fermes dans leur foi ne pouvaient guère être lésés spirituellement par une différence de nourriture. En 1144 encore, l'Église de Liège se félicitait d'avoir réussi, par la grâce de Dieu, à arracher la plupart des Cathares convaincus et condamnés des mains de la foule turbulente qui voulait les brûler. Ceux que l'Église avcc!t ainsi sauvés furent logés dans les maisons religieuses de la ville, en attendant la décision du pape Lucius II, à qui l'on avait demandé conseil (1).

(1) Burchardi Décret, lib. xix, c. 133-4. — Gesta Episcop. Leodiens. lib. n, c. 60, 61. — Hist. Andaginens. Monast. c. 18. — Martène, Ampliss. Coll. i, 776 8.

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