HÉSITATIONS DE L'ÉGLISE
Il est inutile de revenir avec détail sur les cas relatés dans un chapitre précédent, qui montrent combien était encore hésitante, à cette époque, l'attitude de l'Église à l'égard de l'hérésie. Il n'y avait pas de politique définie, pas de règle fixe, et les hérétiques continuaient à être traités tantôt avec rigueur, tantôt avec indulgence, suivant le caractère du prélat qui s'occupait d'eux. Théodwin, successeur de Wazo à l'évêché de Liège, écrit en 1050 à Henri 1er, roi de France, l'exhortant à châtier, sans même les entendre, des partisans de Bérenger de Tours. Ces alternances de sévérité et de rémission ont laissé leurs traces dans les remarques inspirées à Saint-Bernard par les événements de Cologne en 4145, lorsque la populace, dans un transport de zèle, saisit les Cathares et les brûla vifs, malgré la résistance des autorités ecclésiastiques. Il soutient que les hérétiques doivent être convertis par la raison plutôt que par la force, que lorsqu'on ne peut pas les convertir, il faut éviter tout commerce avec eux; il approuve le zèle du peuple de Cologne, mais non ses actes; cependant, il admet que le pouvoir séculier a le devoir de venger les injures faites à Dieu par l'hérésie et, oubliant le danger auquel s'expose un homme lorsqu'il prétend se faire le ministre de la colère divine, il cite ces mots de Saint- Paul : « Le prince est le ministre de Dieu pour ton bien ; mais si tu fais mal, crains, parce qu'il ne porte point l'épée en 220 vain ; car il est le ministre de Dieu et vengeur pour punir celui qui fait mal. » (1).
.Le pape Alexandre III inclinait visiblement vers l'indulgence lorsque, en 1162, il refusa de juger les Cathares qui lui étaient envoyés par l'archevêque de Reims, disant qu'il valait mieux pardonner à des coupables que de faire mourir des innocents. Même à la fin du xne siècle, Pierre Cantor osait soutenir que i' Apôtre commandait d'éviter les hérétiques,non de les tuer (2), et il insistait sur l'inconséquence commise en punissant si sévèrement les moindres déviations de la foi, alors qu'on
(1) Saint Paul, Epitre aux Romains, xm, 4.
(2) Dom Bouquet, xi, 497-8. — Bernardi Serm. in Cantica, lxiv, c. 8 ; lxvi, c 12. — Alex. PP. III. hpist. 118, 122. — Pet. Cantor. Verb. abbrev. c. 78,80.