‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 231 sur 551 · RÔLE DE LA POPULACE · texte numérisé non relu

RÔLE DE LA POPULACE

Ce n'est donc pas la loi positive qui a inauguré l'atroce 222 pratique de brûler vifs les hérétiques ; le législateur n'a fait qu'adopter une forme de vengeance où se complaisait naturellement, à cette époque, la férocité populaire. Nous en avons vu de nombreux exemples dans un chapitre précédent. En 1219 encore, à Troyes, un fou qui soutenait qu'il était le Saint- Esprit fut saisi par la populace, lié dans une manne d'osier entourée de fagots et promptement réduit en cendres. Il n'est pas facile de déterminer l'origine de ce châtiment ; peut-être faut-il la chercher dans la législation païenne de Dioclétien, qui l'établit contre le manichéisme (1). Les morts affreuses auxquelles les martyrs étaient exposés aux époques de persécution semblaient suggérer, sinon justifier, l'application de supplices analogues aux hérétiques; les sorciers étaient quelquefois brûlés en vertu de la jurisprudence impériale et Grégoire le Grand mentionne un cas où l'un de ces malheureux fut traîné sur le bûcher par le zèle religieux de la populace. Comme l'hérésie passait pour le plus grand des crimes, le désir, commun aux laïques et au clergé, d'en rendre le châtiment à la fois aussi sévère et aussi éclatant que possible, trouvait un instrument à sa convenance dans le bûcher. D'ailleurs, avec le système d'exégèse alors à la mode, il ne fut pas difficile de

Cnstit. Dom. Alberti, Weimar, 1838, p. 78 ; cf. Boelimer, Regest. v, 700). — Sachsenspiegel, n, xn. — Schwaben piegel, cap. 116, n° 29 ; cap. 351, n° 3 (éd. Senckenb.) — Archivio di Venezia, Cod. ox Brera, n° 277. — El r'uero real de iispana, lib. iv, tit. i, ley 1. — Isambert, Ane. loix franc, i, 230-33, 257. — Hard, Concil. vu, ^03-8. — Etablissements, i, 85. — Livres de Justice et de Plet, i, tit. m, 7.— Beaumanoir, Coût, du Beauvoisis, xi, 2; xxx, 11. —2 Henry iv, c. 15 (cl'. Pike, But. of crime in England, i, 343-4, 489).

Il est vrai que Bracton {De leg. Angbxf lib. m, tract, u, cap. 9, 2) et Horne (Myrror of justice, cap. i, 4, cap. n, 22, cap. ïv, 14) décrivent tous les deux le châtiment du bûcher infligé à l'apostasie, l'hérésie et la sorcellerie; le premier Tait même allusi n à un cas ou un clerc qui embrassa le judaïsme fut brûlé par un concile à Oxford; mais cette pénalité n'avait pas de place régulière dans la loi commune et n'y figurait que sous l'influence des jurisconsultes, épris de la juridiction romaine, qui voulaient compléter leur travail en assimilant la trahison commise envers Dieu à la trahison à l'égard du souverain. Le silence de Britton (chap. vm) et de la Fleta: (lib. i, cap. 21( preuve que la question n'avait . as d'importance pratique.

(1) [M. Seeck a justement observé que la cruauté de la loi pénale, dans les derniers temps de l'Empire, est due à l'influence et à l'infiltration continuelle des Barbares dan? le monde gréco-romain. La peine du feu existait chez les Gaulois et chez les Germains. — Trad.]

Page 1