DÉNONCIATIONS IMPOSÉES
Non seulement on enseignait ainsi à tous les chrétiens que leur premier devoir était de contribuer à l'extermination des hérétiques, mais on les poussait sans scrupule à les dénoncer aux autorités, au mépris de toute considération humaine ou divine. Les liens du sang n'étaient pas une excuse pour celui qui dissimulait un hérétique : le fils devait dénoncer son pèrer le mari était coupable s'il ne livrait pas sa femme à une mort affreuse. Tous les liens humains étaient brisés par le crime d'hérésie ; on apprenait aux enfants qu'ils devaient quitter leurs parents ; même le sacrement du mariage ne pouvait pas unir une femme orthodoxe à un mari hérétique. Les engagements privés n'étaient pas respectés davantage. Innocent III déclare emphatiquement que, suivant les canons, on ne doit point conserver sa foi à celui qui ne la conserve pas envers Dieu. Aucun serment de discrétion n'était valable dans une cause d'hérésie, car « celui qui est fidèle envers un hérétique est 229 infidèle envers Dieu ». L'apostasie est le plus grand des crimes» dit l'évêque Lucas de Tuy ; par conséquent, si quelqu'un s'est engagé par serment àga nier le secret d'u ne si horrible perversité, il doit révéler l'hérésie et faire pénitence pour le parjuré, avec l'assurance que, la charité pouvant couvrir une multitude de péchés, il sera traité avec indulgence en considération de son zèle (1).
«253, n° 7; ann. 1200, n° 1 ; ann. 1201, n° 3. — C. 6 Sexto v. 2, c. I, 2 in Septimo v. 3. — Von der Hardt, T. rv, p. 1519. — Campana, Vit* di 6an Piero Martne, p. 124. — J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme tusse sur P Inquisition espiqnob-, éd. 1864, p. 17-18, 28, 34.
Un écrivain du xiu" si cle a présenté la même thèse avec plus de force encore que J. de Maistre : « Notre pape, dit-il, ne tue pas et ne commande pas qu'un homme soit tué; mais la loi tue ceux que le pape permet de tuer, et ils se tuent eux-mêmes, puis qu'ils font des choses pour lesquelles ils douent être tués. » (Gregor. Fan»ns. Disi>vt. <alh< l. et Pntar. ap. tfnrtene, Thés, v, 1741).
Il y a plus de vérité h'st rique dans ce qu'écrirait, eu 1 762, un dominicain fjmat'que. Après avoir cité Dentéronomt xui, 0-10, il déclare que le commandement <ie tuer sans pitié tous ceuv qui détournent les fi leles delà vraie religion est presque littéralement la loi de la Sainte Inquis tion; puis il prouve, par les témoignages de l'Ecriture, qu<* le leu e-t la grande joie de Dieu et le vrai moyen de purifier le froment en détruisant l'ivraie [Lob und Ehr nred" a>'f aie lieili ,e Inquisition, Vienne, 1732, p. 19-21).
L'appel à la clémence, devenu plus tard une vile hypocrisie, fut inauguré de bonne foi par Innocent III dans le cas de clercs coupables de faux qui avaient été dégradés et li rés aux tribunaux séculiers. - C. 27, Extr. v. 40.
(I) Urbani PP. II. Epist. :'50. — Zanchin1, de livret c. xvm. — Innoc. PP. III. Reyest. xi, 2G. — Lucae Tudens. de alnra Vitn, n, 9.