‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 238 sur 551 · HISTOIRE DU PAPE FORMOSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU PAPE FORMOSE

étaient morts depuis un siècle. Nombre de Pères du concile en doutaient, lorsque Eutychius, homme très versé dans les Écritures, rappela que le pieux roi Josiah n'avait pas seulement 231 mis à mort les prêtres du paganisme, mais avait déterré les restes de ceux qui étaient déjà morts. Cet argument parut irréfutable e^ l'anathème fut prononcé en dépit des protestations du pape Vigile, qui refusa obstinément de se laisser convaincre. L'ingénuosité d'Eutychius, jusque là tout à fait obscur, fut récompensée par le patriarchat de Constantinople et Vigile fut contraint, par des mesures rigoureuses, de souscrire àl'anathème. En 618, le concile de Séville nia que l'Église eût le pouvoir de condamner les morts; mais, en 680, le sixième concile général, tenu à Constantinople, usa de l'anathème avec la liberté la plus complète contre tous ceux, vivants ou morts, qu'il considérait comme hérétiques.

En 897, Etienne VII se crut autorisé à déterrer le corps de son prédécesseur, le pape Formose, mort depuis sept mois, à le traîner par les pieds et à le faire asseoir dans un synode qu'il avait convoqué pour juger le défunt; la condamnation passée, on coupa deux doigts de la main droite du cadavre et on le jeta dans le Tibre, d'où il fut retiré par hasard et enseveli à nouveau. L'année suivante, un nouveau pape, Jean IX, annula toute cette procédure et fit déclarer par un synode que personne ne devait être condamné après sa mort, tout accusé devant avoir la faculté de se défendre. Cela n'empêcha pas Serge III, en 905, d'exhumer à nouveau le corps de Formose, de le faire revêtir d'habits pontificaux et asseoir sur un trône (1). Après une nouvelle et solennelle condamnation, le malheureux cadavre fut décapité, ou lui coupa trois autres doigts et on le jeta dans le Tibre. Mais l'iniquité de cette vengeance parut manifeste lorsque les restes flottants du pape furent tirés du fleuve par quelques pêcheurs et lorsque, comme on les portait à l'église Saint-Pierre, les statues des Saints s'inclinèrent.

Vers l'an 1100, Saint- Yves de Chartres, le premier canoniste de son époque, décida sans hésitation que le pouvoir de lier et de délier attribué à l'Église était limité aux choses de ce monde;

(i) Ce dernier épisode a été contesté par de bonnes raisons (Duchesne Revue de litt. rel. 1896, I. p. 491) . — 2roe tirage.

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