EXHUMATION DES HÉRÉTIQUES
que les morts, étant au-delà de la justice humaine, ne pouvaient être condamnés et que l'ensevelissement ne pouvait pas être refusé à ceux qui n'avaient pas été jugés de leur vivant. Toutefois, comme les hérésies se multipliaient et que leur obstination semblait justifier les haines passionnées dont elles étaient l'objet, les prêtres frémissaient à la pensée que les ossements des hérétiques pussent souiller l'enceinte consacrée de l'église et du cimetière, qu'en récitant les prières pour les morts, ils intercédassent involontairement pour des criminels. On découvrit aisément un biais. Le concile 232 de Vérone, en 1184, suivi par plusieurs papes et conciles, excommunia formellement tous les hérétiques. Or, c'était une vieille règle de l'Eglise que tout excommunié qui n'avait pas demandé l'absolution dans le délai d'un an était condamné sans retour. Donc, tous les hérétiques qui mouraient sans se confesser ou se rétracter s'étaient condamnés eux-mêmes et n'avaient pas droit à une sépulture en terre consacrée. Bien qu'ils ne pussent être excommuniés, puisqu'ils l'étaient déjà ipso facto, ils pouvaient être frappés d'anathème. Si, par erreur, ils avaient été enterrés comme des chrétiens, il fallait les exhumer et les brûler sitôt l'erreur découverte ; l'enquête qui établissait leur culpabilité était simplement un examen des faits, non une condamnation, et les pénalités en résultaient d'elles-mêmes. Il fallut quelques efforts pour établir cette règle; c'est ce que montre une lettre d'Innocent III, en 1207. adressée à l'abbé et aux moines de Saint- Hippolyte de Faënza, qui avaient refusé, malgré l'ordre d'un légat, d'exhumer le corps d'un certain hérétique nommé Otton, enseveli dans leur cimetière, et d'observer l'interdit prononcé contre eux en conséquence. Innocent est obligé, pour les réduire à l'obéissance, de les menacer des mesures les plus énergiques. Avec le temps, cependant, la coutume de l'exhumation des cou- / pables devint générale ; on reconnut que c'était un péché
grave de donner la sépulture à un hérétique ou à un protecteur d'hérétiques — péché que le coupable, même involontaire, ne pouvait se faire pardonner qu'à la condition d'exhumer le corps