CAUSES DE LA FÉROCITÉ DES ORTHODOXES
temporel et spirituel auraient été réunis dans ses mains. Quoiqu'il en soit, ses querelles avec la papauté, qui remplirent tout son règne, ne firent que le rendre plus impitoyable envers les hérétiques; juste au moment où Grégoire IX travaillait à fonder l'Inquisition, Frédéric eut l'audace de l'exhorter à déployer plus de zèle pour la défense de la foi et de citer au pape sa propre conduite comme un exemple à suivre ! (1)
L'horrible férocité et le zèle barbare qui, pendant tant de siècles, infligèrent d'effroyables misères à l'humanité au nom de Jésus, ont été expliqués ou justifiés de bien des manière». Certains fanatiques de la libre pensée n'y ont vu que la suit du sang ou l'appétit égoïste de la domination. Des philosophes en ont cherché l'origine dans la doctrine du salut exclusif, suivant laquelle il semblait que les autorités eussent le devoir de persécuter les récalcitrants dans leur propre intérêt et de les empêcher de vouer d'autres âmes à la perdition. Au dire d'une autre école, tout s'explique par la survivance de la notion très ancienne de la solidarité des membres d'une tribu; cette conception, devenue celle de la chrétienté, faisait retomber sur tous une part du péché contre Dieu, qu'ils négligeaient de punir par l'extermination des coupables. Mais les motifs qui font agir les hommes sont trop complexes pour qu'une explication unique puisse en rendre compte. Si cela est vrai pour chaque individu isolé, ce l'est bien plus encore lorsqu'il s'agit, comme dans le cas présent, de la chrétienté au sens le plus large, comprenant le clergé et les laïques. Il n'est pas douteux que le peuple fût aussi impatient que ses pasteurs d'envoyer les hérétiques au bûcher. Il n'est pas douteux non plus que des hommes de la plus exquise bonté, de la plus haute intelligence, animés du zèle le plus pur pour le bien, professant une religion fondée
(1) Hist. Diplom. Frid. H. Introd. p. cdlxxxyiij., cnxcvi; n, 6-8, 42-J-3 ; iv, 409 11, 435-6; v, 459-60. — Fuzolh, De reb. sic. doc. n, lib. vin. — Alberic. Tr. Font. Chron. ann. 1228. — RaynaSd. Annal, unii. 1220, n° 23. — Rich. de S. Germano, Chron. ann. 1223.