‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 244 sur 551 · LA P0PCLACE ET LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

LA P0PCLACE ET LE CLERGÉ

sa logique impitoyable, que le crime d'hérésie sépare l'homme de Dieu plus que tous les autres crimes, que c'est donc le crime par excellence et celui qui doit être châtié le plus durement. Le clergé finit par devenir si sensible à la moindre ombre d'hérésie que, dans un sermon prononcé devant le concile de Constance, Etienne Palecz de Prague déclara qu'une croyance, catholique sur mille points et fausse sur un seul, devait être considérée comme hérétique. L'homme convaincu de la vérité 237 d'une hérésie et qui travaillait à la propager passait pour un démon, cherchant à recruter des Ames pour les perdre avec la sienne, et aucun orthodoxe ne doutait qu'il ne fut l'instrument direct et efficace de Satan dans sa lutte éternelle contre Dieu. L'intensité de l'horreur ainsi éveillée ne peut être bien comprise que si l'on se rend compte de l'empire qu'exerçait sur les âmes l'effroyable eschatologie médiévale, avec ses menaces de supplices effroyables qui devaient durer toujours (4).

Nous avons déjà vu que l'Église avait hésité, qu'elle n'était pas arrivée d'emblée à la conception qui dominera au xme siècle, et cela tend à prouver que l'idée de solidarité, de la responsabilité collective devant Dieu, ne suffît pas à expliquer, à elle seule, les excès de l'esprit de persécution. Assurément, la populace en subissait l'influence quand elle arrachait les sectaires des mains des prêtres pour les jeter au feu; mais ces considérations avaient moins de prise sur le clergé lui-même. Si le clergé devint impitoyable, ce sont les progrès et l'obstination des hérétiques qui en furent cause. Le jour où l'on put craindre que l'Église de Dieu ne succombât devant les conventicules de Satan, peuples et pasteurs comprirent qu'il fallait se défendre comme dans une bataille contre les légions de l'Enfer. Dieu avait miraculeusement préparé l'Église à cette tâche. Elle avait acquis la suprématie sur les princes temporels et pouvait compter sur leur obéissance. Sa responsabilité s'était accrue en même temps que son pouvoir. Elle était responsable non pas

(I) Lucœ Tudens. de ait. Vita, lil». m, c. 15. -- T. Aquinat. Summa, Spc. Q. x. Art. 3, 6. — Von dcr Hardt, T. i, P. xvi, p. 829 — Nie. Eymeric. Direct. lnq> is. praef.

Page 1