‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 245 sur 551 · INFLUENCE DE L'ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ÉCRITURE SAINTE

seulement pour le présent, mais pour les âmes d'innombrables générations encore à naître. En comparaison des effroyables conséquences que sa mansuétude eût entraînées, qu'étaient donc les souffrances de quelques milliers de misérables endurcis qui, sourds aux sollicitations du repentir, allaient rejoindre leur maître le Diable quelques années avant le terme fixé ?

Nous devons nous souvenir aussi du caractère que le chris- 238 tianisme avait revêtu par le développement graduel de sa théologie. Les chefs politiques de l'Église savaient que Jésus avait dit : « Ne pensez point que je sois venu abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.» (1) Ils savaient aussi par l'Écriture Sainte que Jéhovah se réjouis, sait de l'extermination de ses ennemis. Ils avaient lu comment Saùl, le roi élu d'Israël, fut puni par Dieu pour avoir épargné Agag d'Amalek, et comment le prophète Samuel mît Agag en pièces devant l'Éternel (2) ; comment le massacre général des Cananéens idolâtres fut ordonné et exécuté sans aucune pitié ; comment Elie reçut l'ordre de tuer quatre cent cinquante prêtres de Baal, etc. Ils ne pouvaient pas concevoir que la clémence envers ceux qui reniaient la vraie foi pût être autre chose qu'un acte de désobéissance envers Dieu. A leurs jeux, Jéhovah était un Dieu qui ne pouvait être apaisé que par des victimes. La doctrine même de la Rédemption partait de l'idée que le genre humain ne pouvait être sauvé qu'au prix du plus horrible sacrifice que l'esprit pût concevoir, celui d'un des membres de la Sainte Trinité. Les Chrétiens adoraient un Dieu qui s'était soumis lui-même au plus douloureux et au plus humiliant des sacrifices et le salut des âmes dépendait, dans tout le monde chrétien, de la répétition quotidienne de ce sacrifice dans la messe. A des âmes façonnées par de telles croyances, il pouvait bien sembler que les châtiments les plus cruels infligés aux ennemis de l'Église de Dieu n'étaient rien en eux-mêmes et que le sang des victimes était une offrande acceptable pour celui qui

(1) Évangile de Matthieu,

(2) Samuel, xv, 32.

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avait ordonné de massacrer les Cananéens sans distinction d'âge ni de sexe.

Ces tendances avaient encore été exagérées parle développement de l'ascétisme. Toute l'hagiologie de l'Église enseignait que la vie d'ici-bas était chose méprisable, que le ciel devait être gagné par le dédain des plaisirs de l'existence, par la suppression de toutes les afîections humaines. La macération et la mortification étaient les routes les plus sûres vers le Paradis et le péché devait être racheté par une pénitence librement consentie. Celte doctrine produisit deux effets. D'une part, les pratiques des zélateurs — chasteté, jeune, solitude — conduisent tout droit à la folie, comme le prouvent les épidémies de possession diabolique et de suicide qui furent si fréquentes dans les établissements monastiques à règles sévères (4). Sans affirmer qu'un homme comme Saint-Pierre Martyr fut fou, il est impossible de lire le récit de ses excès d'ascétisme — jeûnes, veilles, fustigations, etc. — sans reconnaître avec évidence les symptômes dune intellectualité morbide qui devait faire de lui un dangereux maniaque lorsque ses sentiments étaient vivement surexcités par quelque question d'ordre religieux. D'autre part, les hommes qui domptaient ainsi leurs violentes passions et faisaient taire, par des procédés aussi cruels, leur chair rebelle, n'étaient pas aptes à ressentir vivement les souffrances de ceux qui s'étaient abandonnés à Satan et qui pouvaient être sauvés des flammes éternelles en montant sur le bûcher. Si, par hasard, leurs cœurs étaient encore compatissants et soutiraient au spectacle de l'agonie de leurs victimes, ils pouvaient bien considérer qu'ils faisaient œuvre d'ascètes et de pénitents en réprimant des émotions nées de l'humaine faiblesse. Aux yeux de tous, la vie n'était qu'un point dans l'éternité et tous les intérêts humains se réduisaient à rien, en comparaison du devoir impérieux de sauver le trou-

(l) Galton, Inquh'i-s i»t) human faculty, \\. 66-6S. — Caes. Heisterb. Dia1. Mi'- c. dist. iv. Dès le iv® siècle, on bserva que la tendance à l'ascéMs'ne exerçait une in'lu nce fâcheuse sur les esprits; Saint Jérôme eut le bon sen* de remarquer que c rta;ns cas de ce genre réclamaient un médecin plutôt qu'un prêtre (Uieron. Èp'St. cxxv, c. 16).

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