LES SUPPLICES J)E L ENFER
une voix du ciel, proclama une pacification générale. Et cependant ce même homme, digne disciple du Grand Maître du divin amour, n'hésita pas, lorsqu'il exerçait le pouvoir à Vérone, à faire brûler sur la place publique soixante hommes et femmes des principales familles de la ville, qu'il avait condamnés comme hérétiques. Vingt ans après, nous le trouvons à la tète d'un contingent de Bologne dans la croisade préchée par Alexandre IV contre Ezzelin da Komano (4).
Étant donné l'état d'esprit des fanatiques, même des plus charitables et des plus aimants.- on ne pouvait guère plus leur commander d'avoir pitié des souffrances des hérétiques que de celles de Satan et de ses démons se débattant dans les tourments sans fin de l'enfer. Si un Dieu juste et tout puissant tirait une vengeance atroce de celles de ses créatures qui l'avaient offensé, ce n'était pas à l'homme de mettre en doute l'équité divine, mais il devait humblement suivre l'exemple de son Créateur et se réjouir quand l'occasion s'offrait à lui de l'imiter. Les moralistes austères de cette époque considéraient que c'était un devoir pour un chrétien de trouver plaisir à contempler les angoisses du pécheur. Grégoire le Grand, cinq siècles auparavant, avait soutenu que le bonheur des élus dans le ciel ne serait pas parfait s'ils n'étaient pas en mesure de 241 Porter leurs regards à travers l'abîme et de jouir de l'agonie de leurs frères dévorés par le feu éternel. Cette conception de la béatitude des élus était populaire et l'Eglise ne permit point qu'on l'oubliât. Pierre Lombard, dont les Sentences publiées vers le milieu du xir3 siècle furent considérées comme la plus haute autorité dans les écoles, cite Saint-Grégoire avec approbation et insiste sur le bonheur que doit causer aux élus l'ineffable misère des damnés. Même la mystique tendresse de Bonaventure ne l'empêche pas de faire écho à cette effroyable explosion de haine. A une époque où tous les hommes pensants étaient élevés dans des sentiments pareils et où ils se faisaient,
(1) Tamburini, Storia générale de'V Inquisizione, i, 362-5, 561. — Chron. Veronens. ann. 1233 (Muratori, Script, rer. italic. vin, 626, 627).