FRÈRES PRÊCHEURS
religion ou de l'Ordre le demandait. En vérité, les Frères se
considéraient comme les soldats du Christ, non point, comme
ies autres moines, voués à une existence contemplative, ma's
destinés et dressés à se mêler au monde, exercés aux arts de la
persuasion, experts en théolologie et en rhétorique, prêts, enfin,
a tout oser et à tout souffrir dans l'intérêt de l'Église mili- „
tante.
Le nom de Frères-Prêcheurs, sous lequel ils devinrent si célèbres, fut le résultat d'un incident fortuit. Pendant le Concile de Latran, alors que Dominique était à Rome, le pape Innoccnl -eut l'occasion de lui adresser une note. Il ordonna à son secrétaire de la commencer ainsi : « Au frère Dominique et à ses •compagnons». Puis, se ravisant, il prescrivit d'écrire : « Au frère Dominique et aux prêcheurs qui sont avec lui »; puis, -enfin, après nouvelle réflexion : « A maître Dominique et aux frères prêcheurs ». Cette désignation les combla de joie et ils l'adoptèrent aussitôt (1).
Chose curieuse, l'obligation de la pauvreté n'était pas inscrite dans le projet primitif de l'Ordre. La première impulsion lui était venue de la donation de la propriété de Cella et de la part dans les dîmes offerte par l'évêque Foulques; peu de temps après l'organisation de l'Ordre, Dominique n'eut aucun scrupule A accepter de Foulques trois églises, l'une à Toulouse, l'autre % Pamiers, la troisième à Puylaurens. Les historiens de l'Ordre s'efforcent d'expliquer cela en disant que ses fondateurs désiraient que la pauvreté fût un élément de leur règle, mais reculèrent devant la crainte qu'une idée aussi nouvelle ne mit obstacle à la confirmation pontificale. Comme Innocent avait déjà approuvé le vœu de pauvreté dans le projet de Durân de 254 îluesca, la futilité de cette excuse est évidente et nous sommes en droit de mettre en doute les légendes qui montrent Dominique interdisant rigoureusement à ses Frères l'usage de l'argent. Il est certain, d'autre part, que, dès 1217, nous trouvons
(1) Hist. Ordin. Prœdicat. c. 1, 2, 3. — Chron. Magist. Ordin. Praedic. ci. — Bernard. Guidonis Tract, de Mayist. Qrd. Prxdic. (Martène, A^.pliss . Coll. ji, 332-4, 400).