VERTUS DE FRANÇOIS
déposer, toutes les fois que l'intérêt commun l'exigeait. Les autorisations de prêcher devaient être accordées parle Général, mais aucun Frère ne devait prêcher dans un diocèse sans l'assentiment de l'évêque. (1).
C'est tout ; et assurément, dans ces quelques règles, il n'y a I rien qui puisse faire prévoir l'immensité des résultats qui ont été obtenus en s'y conformant. Ce qui donna aux Franciscains une prise durable sur les affections du monde, fut l'esprit que le fondateur leur infusa. Aucune créature humaine depuis Jésus n'a plus complètement incarné l'idéal du Christianisme que Saint-François. Au milieu de l'extravagance de son ascétisme, qui confine parfois à la folie, on voit briller l'amour et l'humilité chrétienne avec lesquels il se dévoua aux misérables et aux délaissés — parias auxquels, à cette rude époque, peu de gens songeaient à s'intéresser. L'Église, absorbée par ses intérêts mondains, avait négligé les devoirs sur lesquels était fondé son empire des âmes et il fallait toute l'exagération du sacrifice volontaire enseigné par François pour rappeler l'humanité au sentiment de ses obligations.
Ainsi, de toutes les misères de cet âge de misères, la plus horrible était celle du lépreux — être infortuné affligé par Dieu d'une maladie dégoûtante, incurable et contagieuse, à qui tou commerce avec les hommes était interdit et qui, lorsqu'il sortait du lazaret pour quêter des aumônes, était obligé de signaler 261 son approche en frappant ensemble des bâtons ou cliquettes, afin que les habitants, avertis par ce bruit, pussent éviter le contact du pestiféré. C'est à ces hommes, les plus désespérés et les plus abhorrés de l'humanité d'alors, que s'adressèrent par ticulièrement la charité infiuie et l'amour sans bornes de Saint- François, ïl voulut que ses Frères suivissent son exemple et lorsqu'un noble ou un vilain sollicitait l'admission dans l'Ordre, on lui disait qu'un des premiers devoirs auxquels il devait se soumettre était de servir humblement les lépreux dans leurs hôpitaux. François n'hésitait pas à dormir dans les lazarets, à
<1) B. Fra cisci Rejul. n.