‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 266 sur 551 · FRANÇOIS ET LES LÉPREUX · texte numérisé non relu

FRANÇOIS ET LES LÉPREUX

panser les dangereuses plaies des malades, à leur appliquer des remèdes, à porter secours aux souffrances des corps comme aux misères des âmes. En faveur des lépreux, il admit des exceptions à la règle interdisant de recevoir des aumônes en argent. Toutefois, son humilité lui persuada d'interdire à ses disciples de produire en public les « frères chrétiens», comme il les appelait. Un jour que le Frère Jacques avait amené à l'Église un lépreux horriblement dévoré par son mal, François l'en blâma; puis, se reprochant à lui-même ce que le patient pouvait considérer comme une marque de mépris, il demanda au Frère Pierre de Catane, alors ministre général de l'Ordre, de confirmer la pénitence qu'il s'était infligée à lui-même. Pierre, qui le vénérait trop pour lui rien refuser, donna son assentiment; alors François annonça qu'il mangerait dans le même plat que le patient. Au repas suivant, le lépreux prit place à la table et les Frères furent terrifiés en voyant qu'un même plat servait à François et au malade, le lépreux enfonçant ses doigts, qui dégoûtaient de sang et de pus, dans la nourriture qu'il partageait avec le Saint (4).

Ce serait peut être aller bien loin que de croire sans réserve à de telles histoires; mais, en somme, cela importe peu. S'il n'y a là que des légendes, l'existence même de pareilles légendes atteste l'impression que fit François sur ses disciples; et l'efficacité d'un pareil idéal, à une époque si dure et si cruelle, peut difficilement être exagérée. Un fait certain, c'est que les Franciscains ont toujours été au premier rang quand il s'agissait de soigner les malades, qu'ils ont travaillé dans les hôpitaux en temps de peste et que les progrès, d'ailleurs bien médiocres, que l'art de guérir a faits vers la fin du moyen âge furent dus à leur zèle intelligent. On nous dit, en outre, que l'amour de 2(}2 François se répandit sur les bêtes aussi bien que sur les hommes — sur les insectes, les oiseaux et les animaux qu'il avait coutume d'appeler ses frères et sœurs (2). Toutes les histoires

(1) Lib. Conformitatum lib. h, Fruct. 5, fol. 155 h.

(2) Surnres meas hirundines...

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