OBÉISSANCE PASSIVE
«dans la science ni dans la connaissance de toutes choses, ni dans Téloquence qui convertit les hommes; elle est dans la patience A supporter les malheurs, les injures, les injustices et les humiliations. » Bien loin d'être fier de ses vertus, il confesse humblement qu'il n'a pas vécu lui-même suivant sa Règle et allègue «comme excuses sa faiblesse et son ignorance. Les successeurs de François poussèrent jusqu'aux dernières limites de l'absurde cette passion de l'humilité. Ainsi Giacomo Benedettone, mieux •connu sous le nom de Jacopone da Todi, auteur du Stabat Mater, était un avocat de talent qui, accablé par la mort d'une femme aimée, se fit admettre dans l'Ordre; pendant dix ans, il feignit <lêtre idiot, afin de jouir dévotement des mauvais traitements H des insultes de tout genre dont les gens de cette espèce étaient l'objet (1).
L'obéissance était enseignée et imposée jusqu'à concurrence •de l'abdication absolue de la volonté. Beaucoup de légendes attestent à quel point les premiers disciples s'assujettissaient l'un à l'autre et à leurs supérieurs. Quand, en 1224, les Franciscains furent envoyés pour la première fois en Angleterre, Grégoire, le ministre provincial de France, demanda au frère Guillaume d'Esseby s'il désirait y aller. Guillaume répondit qu'il ne savait pas s'il le désirait ou non, parce que sa volonté n'était pas sienne, mais celle du ministre et que, par suite, il désirait tout ce que le ministre pouvait désirer qu'il désirât. On raconte quelque chose d'analogue sur deux Frères de Salzbourg en 1222. Cette obéissance aveugle eut pour résultat de faire régner dans l'Ordre une discipline qui en augmenta immensément l'importance pour l'Église, lorsqu'il fut devenu un instrument aux mains de la papauté. Saint-François exhortait tout particulièrement ses Frères à se dévouer entièrement à Rome et les Franciscains devinrent une armée qui joua, au xme siècle, le même rôle que les Jésuites auxvie (2).
(1) S. Francis, de Perfecta Lxiitia; ejusd. Epist. xi, xv. — Waddingi Annal. ann. 1298, n° 24-40. — Cantu, Eretici d'italia, i, 128.
(2) Lib. Confoim lib. t. Fruct. 8, fol. 47. — Thora. de Eccleston, Collât, i. — Frat. Jordani Ci roi. c. 27 (Anal. Francise, i, 10.) — S. Francis, Collât. Monaslicœ, coll. 20.