‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 269 sur 551 · DIGNITÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DIGNITÉ DU TRAVAIL

François n'avait nullement l'idée que les Frères dussent vivre dans la mendicité et l'oisiveté, et nous avons vu que la Règle l'ormule nettement l'obligation du travail. Cette prescription fut suivie parles adhérents les plus stricts. Ainsi le troisième disciple du maître, le bienheureux Giles, gagnait sa vie par les travaux les plus pénibles, tels que le transport du bois, et il se conforma toujours au précepte de ne pas accepter de rémunération en 264argent, mais seulement en objets indispensables. Quand il avait gagné plus qu'il ne fallait pour sa maigre pitance quotidienne, il distribuait le surplus en aumônes et se fiait à Dieu pour le lendemain. Il était nécessaire qu'à une époque où les distinctions entre classes étaient si rigides, il se trouvât quelqu'un pour enseigner par l'exemple la dignité du travail manuel comme une doctrine chrétienne. Quand Saint-Bonaventure fut élevé au cardinalat, en 1273, il avait été déjà pendant dix-sept ans à la tête de ce qui était alors la plus puissante organisation du moncie chrétien; et cependant, le messager chargé de lui annoncer sa nomination le trouva occupé à laver la vaisselle qui servait au diner frugal de son couvent. Il refusa de le recevoir avant d'avoir terminé son travail et, en attendant, le chapeau de cardinal qu'on lui apportait fut suspendu à une branche d'arbre (1).

Ainsi le but de Saint-François et de ses successeurs était d'imiter la simplicité du Christ et des apôtres et ils manifestèrent * surtout leur intention à cet égard en recherchant avec ferveur la pauvreté. Puisque, disaient-ils, Jésus et ses disciples n'ont rien possédé en propre, le parfait chrétien doit se dépouiller à leur exemple de toute propriété. Il pouvait bien obtenir de la nourriture, des vêtements, un abri, des livres pour ses besoins religieux; mais toute autre propriété était rigoureusement interdite et le souci du lendemain devait sembler un péché aux yeux du chrétien qui se fiait à Dieu.

En tant que protestation contre la cupidité de l'Église, ces doctrines n'étaient pas sans valeur; mais elles furent poussées

<1) Waddingi Annal, arm. 12G2, n° 3, 4, 8 ; ann. 1273, n° 12.

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