‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 275 sur 551 · CROISADE DES PASTOUREAUX · texte numérisé non relu

CROISADE DES PASTOUREAUX

naissait dans les cœurs et se répandait comme une épidémie de village en village, puis de pays en pays. En Allemagne et en France on assiste à une nouvelle Croisade d'enfants, que Grégoire IX salue en disant qu'ils donnent une leçon méritée à leurs aines, si peu empressés à défendre contre les Infidèles le berceau de l'humanité et de la foi (1).

La manifestation la plus formidable et la plus significative de cette inquiétude universelle, de cet enthousiasme communicatif, fut le soulèvement des paysans, des premières bandes errantes 269 connues sous le nom de Pastoureaux. La misère sans espoir et sans remède des classes inférieures de la société, à la triste époque qui nous occupe, n'a probablement été dépassée dans aucune période de l'histoire du monde. La terrible maxime du droit féodal, qu'il n'y avait, pour le vilain opprimé par son seigneur, d'autre appel qu'à Dieu — mes par notre usage n'ail entre toi et ton vilein juge fors Deu — résume en un mot l'état d'abjection et d'impuissance de la plus grande partie de la population. Jamais peut-être la dégradation humaine ne s'est révélée sous une forme plus odieuse que dans le trop fameux. jus primo? noctis ou « droit de marquette. » La malice amère du trouvère Rutebœuf nous dit que Satan considère l'âme du vilain comme trop méprisable pour être reçue même en enfer; d'autre part, comme il n'y a pas de place pour elle dans le ciel, elle ne trouve même pas de refuge au delà, après une vie d'épreuves sur la terre. Chose remarquable à bien des égards : l'Église qui, enseignant la fraternité humaine, aurait dû servir de médiatrice entre le vilain et son seigneur et mériter ainsi la gratitude du misérable serf, fut toujours, au contraire, l'objet spécial de sa haine et de ses agressions dans les courtes saturnales des misérables qui, pour un moment, brisaient leurs fers (2).

Tout à coup, vers Pâques de l'an 1251, apparut un prédicateur

(1) Chron. Augustens. ann. 1250. — Matt. Paris, ann. 1252.

(2) Pierre de Fontaines, Conseil, ch xxi, art. 8. — Le Grand d'Au?sy, Fabliaux» a, 112-3. — L'existence du « droit de marquette » a été contestée, mais sans raisons valables. On trouvera les testes dans l'ouvrage de l'auteur sur le Célibat sacerdotal, 2e éd. p. 354.

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