‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 276 sur 551 · LE (( HONGROIS · texte numérisé non relu

LE (( HONGROIS

mystérieux, connu sous le nom du Hongrois, homme déjà âgé, dont la seule apparence excitait la terreur et la vénération du peuple. Dans une main, qu'il n'ouvrait jamais, il tenait, disailon, un papier que lui avait remis la Sainte-Vierge en personne et qui contenait ses instructions. Quelques-uns prétendaienl que, jeune encore, il avait embrassé l'islamisme, qu'il s'étail abreuvé à longs traits aux sources empoisonnées de la magie à Tolède, enfin qu'il avait reçu de Satan la mission d'entraîner vers l'Orient la population désarmée de l'Europe, en sorte que la chrétienté fût une proie facile pour le Soudan de Babylonc On se rappelait la Croisade des Enfants et l'on concluait que ce même homme avait alors, par les secrets de sa magie, dépeuplé tant de maisons, en poussant des légions d'enfants vers la mort que la faim et le froid leur réservaient. De grande taille, très pâle, doué de cette éloquence qui séduit les multitudes, parlant avec une égale facilité français, allemand et latin, le nouvel apôtre se mit en route, prêchant de ville en ville contre la 70 noblesse des riches et des puissants qui permettaient que la Terre Sainte restât aux mains des Infidèles et que le bon roi Louis IX languit dans sa p -ison d'Egypte. Dieu était excédé de l'égoïsme et de l'ambition des nobles; il faisait appel aux pauvres et aux humbles, sans armes, sans chefs de guerre, pour sauver les Lieux Saints et le pieux roi. Ces paroles étaient bien accueillies, mais on applaudissait encore davantage quand il attaquait le clergé. Les Ordres Mendiants se composaient de vagabonds et d'hypocrites; les Cisterciens étaient avides d'argent et de terres; les Bénédictins étaient orgueilleux et gloutons; les chanoines étaient tout entiers à leurs intérêts temporels et aux appétits de la chair; les évêques et leurs subordonnés ne cherchaient qu'à extorquer de l'argent et, pour y réussir, ne reculaient devant aucune fraude. Quant à Rome et à la Cour pontificale, l'orateur ne trouvait pas contre elles d'objurgations assez fortes. Le peuple, dont la haine et le mépris pour le clergé étaient sans bornes, écoutait cette rhétorique avec délices et se joignait avec ardeur à on mouvement qui promettait, •d'une façon quelconque, d'aboutir à une réforme. Les bergers

Page 1