‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 278 sur 551 · EXTERMINATION DES PASTOUREAUX · texte numérisé non relu

EXTERMINATION DES PASTOUREAUX

Loire. Chose bien singnificative ! On nous apprend que le peuple assistait à ces excès sans les blâmer. L'évêque et tous ceux qui purent échapper à la fureur de la foule s'enfuirent pendant la nuit et mirent aussitôt la ville en interdit pour châtier la complicité des habitants.

En apprenant ces nouvelles, la Reine Blanche s'écria : « Dieu sait que je pensais que ces gens reprendraient la Terre Sainte en toute simplicité et sainteté ! Mais puisque ce sont des imposteurs, qu'on les excommunie et qu'on les détruise ! » Ils furent, en effet, excommuniés; mais, avant d'avoir été atteints par l'anathème, ils étaient arrivés à Bourges où, dans une bagarre, le Hongrois fut tué; aussitôt ils se dispersèrent en bandes qui se mirent à courir le pays. Les autorités, revenant de leur stupeur, les poursuivirent impitoyablement et les tuèrent comme des chiens enragés. Quelques émissaires qui avaient pénétré en Angleterre et réussi à soulever cinq cents paysans, eurent le môme sort ; on racontait que le premier lieutenant du Hongrois avait été pris dans un navire sur la Garonne au moment où il essayait de fuir, et qu'on avait trouvé sur lui, avec des « poudres magiques », des lettres écrites en caractères arabes et chaldéens par lesquelles le Soudan de Babylone lui promettait son appui.

La nature quasi-religieuse de ce soulèvement est attestée par l'attitude de ses chefs, qui jouaient le rôle d'évêques, bénissant le peuple, l'aspergeant d'eau bénite et célébrant même des mariages. La faveur que le peuple témoigna partout aux Pastoureaux était attribuée surtout à leur hostilité envers le clergé, preuve nouvelle de la profondeur des haines populaires contre l'Eglise et justification de l'opinion exprimée par des prélats de haut rang, qu'aucun danger plus grave n'avait menacé la chrétienté depuis l'époque de Mahomet (1).

(1) Matt. Paris ann. 1251 (p. 550-2.) — Guill. Nangiac. ann. 12M. — Amalrici Augorii Vit. Pontif. ann. 1251. — Bern. Guid. Flor. Chrome. (D. Bouquet, xxi, 6 7). — Un mouvement semblable et non moins extraordinaire se produisit en 13i^ (Chron. Corn. Zanfliet, ann. 1309); un autre, plus étendu encore, en 1320 (Guill. Nangiac. Cou» in. ann. 1320. — Grandes Chron. v, 245-6. — Annal. Auger. Vit. Pontif. ann. 1320.)

Page 1