LES FLAGELLANTS
Plus remarquable encore, en tant que symptôme de l'émotion 272 populaire, fut la première apparition des Flagellants. Subitement, en 1259, sans que personne sût pourquoi, toute la population de Pérouse fut prise d'une sorte de fureur de pénitence. La contagion se répandit et bientôt toute l'Italie du nord fut agitée par des dizaines de milliers de péniteftts. Nobles et paysans, jeunes et vieux, jusqu'à des enfants de cinq ans, se mirent à marcher deux par deux, formant des processions solennelles, nus jusqu'à la ceinture, pleurant et implorant la miséricorde de Dieu, se frappant eux-mêmes jusqu'au sang avec des lanières de cuir. Les femmes, par respect pour la décence, s'infligeaient ce châtiment dans leurs demeures, mais les hommes marchaient jour et nuit à travers les villes, par les plus rudes froids de l'hiver, précédés de prêtres portant des croix et des bannières qui les conduisaient aux églises, où ils se prosternaient devant les autels. Un contemporain nous dit que les plaines et les montagnes faisaient écho aux voix des pécheurs invoquant Dieu, que la musique et les chants d'amour avaient partout cessé. Une fièvre générale de repentir s'était emparée du peuple. Les usuriers et les voleurs restituaient leurs gains illicites; les coupables confessaient leurs crimes ou renonçaient à leurs vices ; les portes des prisons s'ouvraient et laissaient sortir les captifs; les homicides s'offraient eux-mêmes, à genoux, aux parents de leurs victimes, qui les embrassaient avec des larmes; de vieilles inimitiés étaient oubliées et l'on permettait à des exilés de revenir. Partout on voyait opérer la grâce divine et les hommes semblaient embrasés d'un feu céleste. Le mouvement gagna même les provinces rhénanes et, à travers l'Allemagne, la Bohême ; mais toutes les vagues espérances qu'il avait fait naître se dissipèrent, car il disparut aussi rapidement qu'il s'était formé et fut, par surcroît, dénoncé comme hérétique. Uberto Pallavicino recourut à des moyens efficaces pour écarter les Flagellants de la ville de Milan ; sitôt qu'il fut informé de leur approche, il fit dresser trois cents gibets le long de la route et les malheureux, à cette vue, rebroussèrent chemin (1).
(1) Monach. Paduan. lib. ni, ann. 1260. — Chron. F. Francisci Pipini ann. 1260.