‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 287 sur 551 · RÉCLAMATIONS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

RÉCLAMATIONS DU CLERGÉ

soulèvement populaire se produisit en Hollande et dans laGueldre; les rebelles, encouragés par un premier succès, formulèrent un programme de réformes où ils proposaient de tuer tous les nobles, tous les prélats et tous les moines, mais d'épargner les Mendiants et les quelques prêtres de paroisse qui 281 étaient nécessaires à l'administration des sacrements. A la vérité, le clergé fit quelques efforts pour se mettre à la hauteur des nouveaux venus, mais les habitudes de paresse étaient trop fortes pour qu'il fût possible à la plupart de s'en guérir. Déjà 5 au siècle précédent, le clergé séculier s'était plaint amèrement de l'impulsion donnée au monachisme par la fondation et le développement de l'Ordre cistercien. Il avait même osé porter des réclamations assez vives devant le troisième concile de Latran, en 1179, alléguant que les prêtres des paroisses étaient menacés de tomber dans l'indigence. Cette fois, l'empiétement était beaucoup plus dangereux et l'instinct de conservation devait inciter le clergé à une défense énergique. Il fallait qu'il se produisit une lutte pour la suprématie entre les églises locales, d'une part, et, de l'autre, la papauté avec sa nouvelle milice. On verra que le parti conservateur fit preuve de beaucoup d'habileté dans le choix du champ de bataille (1).

L'Université de Paris était alors, le centre de la théologie scolastique. De caractère cosmopolite, elle s'était peu à peu imposée au respect de toute l'Europe par une longue série de maîtres illustres, qui avaient formé des générations d'étudiants

(1) Brev. Hist. Ord. Praedic. (Marlène Ampl. CoV. vi, 357.) — Extrav. Commun, lib. m, tit. vi, c. 8. — Concil. Nimociens ann. 1298, c. 17. — Constit. Joann. archiep. Nicos. ann. 1321, c. 10. — C. Avenion. ann. 1326, c. 27; ann. 1337, c. 32. — C. Vaurens. ann. 1368, c. 63, 64. — fcpist. saec. xm, T. i, n° 437 [Monurn. Germ. Hist.) — Berger, Les Registres it'/nnoc. IV, n°* 1875-8, 3252-5, 3413. — Ripoll. i, 25, 132-3, 153-4; n, 61, 173; vu, 18. — Matt. Paris ann. 1234, p. 26; ann. 1235, p. 286-7; ann. 1225, p. 616.— Potthist, I\eg. n°* 8786 a, 8787-9, 10052. — Trith'-m. Annal. Hirsaug. ann. 1268. — Conc. Biterrcns. ann. 1233, c. 9. — C. Arcîatens. ann. 1234, c. i. — C. Albiens. ann. 1254, c. 17, 18. — S. Bonav Libell. Apoloi/et. Quaest. 1. — Abbat. Joachimi Concordiae, v. 49.

Les détails des querelles dég >ûtantes s r les mourants et les morts sont présentés d'une manière saisissante dans un essai de médiation tenté par Bonilace VIII, en 1303, entre le clergé de Home et les Mendiants (Ripoll. n, 70.) Les disputes continuelles à ce sujet étaient un des griefs princi aux «le lu secte spirituelle des Franciscains (Hist. Tribulationuna, in. Arehiv iïr Litteratur und Kirchengeschiclite, 1886, p. 297.)

320 LUTTES AVEC l'uNIVERcITÉ DE PARIS

appartenant aux pays les plus divers. On la considérait comme la citadelle de l'orthodoxie. Dans chaque évêché elle était représentée par d'anciens élèves qui se tournaient vers elle avec l'affection filiale due à Y Aima Mater. Elle avait fait bon accueil 282 aux premiers missionnaires de Dominique quand ils vinrent à Paris pour fonder une maison de l'Ordre et avait admis des Dominicains dans son corps enseignant. Tout à coup s'éleva une querelle qui, par l'insignifiance même de ses motifs, attesta la tension qui existait depuis longtemps entre le clergé et les Mendiants. L'Université avait toujours été jalouse de ses privilèges, dont le moindre n'était pas la juridiction qu'elle exerçait sur ses étudiants. L'un d'eux fut tué et plusieurs furent blessés par le guet dans une bagarre. La réparation offerte ayant été jugée insuffisante, l'Université ferma ses portes; mais les professeurs Dominicains, Bonushomo et Elias, continuèrent à enseigner. On leur ordonna de suspendre leurs leçons et défense fut faite aux étudiants d'y assister. Ils en appelèrent au pape, qui ne tint pas compte de leur réclamation; et quand l'Université reprit ses cours, on leur enjoignit de jurer qu'ils en observeraient les statuts, sauf conflit avec la Régie de leur Ordre. Ils y mirent pour condition que l'on admettrait à l'Université deux professeurs de théologie dominicains. Après quinze jours de pourparlers inutiles, on les expulsa. Les pro- , vinciaux des deux Ordres à Paris prirent en mains cette querelle et en appelèrent à Rome; Innocent IV demanda à l'Université de renoncer à ses prétentions. La lutte se trouvait ouvertement engagée (1).

L'Université ne voulut pas prendre de demi-mesures. Elle était décidée à réduire les Mendiants à la condition des autres Ordres et comptait mériter la reconnaissance des évèques et du clergé en les dépouillant des privilèges qui les rendaient si

(1) Alex. PP. Bull. Quasi lignum vitae.— Waddingi Annal, ann. 1255, n° 2. — Nhipin, Mbl. des aute rs fccjés. t. x, cli. vil.

' our TexempHon de la juridiction séculière accordée aux étudiants, voir r'erger, Bei). d'Innocent IV, n° 1515.— Mol'mier (Gnill. Bernard de Gaillac, P;iris, 1884, p. 26) expose fort bien l'organisation de l'enseignement par les Dominicains à cette époque.

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