LA « BULLE TERRIBLE
dangereux. A cet effet, il était nécessaire de se concilier la faveur de Rome, ce qui était une question d'argent. Les étudiants, pleins d'enthousiasme, s'imposèrent des contributions et constituèrent un fonds destiné aux négociations avec la Curie. Le chef du parti de la résistance était Guillaume de Saint-Amour, également estimé comme prédicateur et comme 283 professeur, homme érudit, éloquent et inflexible dans ses opinions. Il fut délégué vers le Saint Siège, où il trouva Innocent fort disposé à l'entendre soutenir que les règles des Ordres Mendiants devaient conduire les âmes à la perdition. Le pape avait été l'ami des moines, il avait confirmé et même étendu leurs privilèges ; mais il éprouvait en ce moment un accès d'humeur à leur égard. Les Dominicains en donnaient pour cause qu'ils avaient secrètement reçu dans leur Ordre un cousin du pape, que ce dernier aimait beaucoup et qu'il voulait pousser dans le monde ; ils alléguaient aussi la malveillance d'un autre cousin, qui avait voulu construire à Gênes un palais-forteresse dominant toute la ville et qui en avait été empêché par le refus des Dominicains de lui vendre une parcelle de terrain. Aux mois de juillet et d'août 4254, Innocent avait publié plusieurs brefs en faveur des Mendiants et contre l'Université. Le 2i novembre il promulgua la bulle Etsi anima rum, connue des Mendiants sous le nom de « la bulle terrible », où défense était faite aux membres de tous les Ordres religieux de recevoir dans leurs temples, les dimanches et jours fériés, les paroissiens d'autres églises ; ils ne devaient pas entendre de confessions sans une autorisation spéciale des prêtres de paroisse ; ils ne devaient pas prêcher dans leurs propres églises avant la messe, pour ne point détourner les paroissiens de leurs églises paroissiales ; enfin, ils ne devaient pas prêcher dans ces églises lorsque les évêques eux-mêmes y prêchaient ou y faisaient prêcher par d'autres (1).
(\) Waddingi Aniwl. ann. 1254, nos 4 et 5; ann. 1255, n» 3. — Brev. hist. ord. j.raed. (Martene Am/d. Coll. vi, 356-7.) — Potthast R g. h" 15562. — Matt. Paris, ann. 1253, p. 590.
Guillaume de St Amour cumulait des bénéfices. Non content d'un canonicat à