‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 309 sur 551 · QUERELLES ENTRE MENDIANTS · texte numérisé non relu

QUERELLES ENTRE MENDIANTS

l'inquisiteur franciscain de cette ville. La discorde se répandit à travers la Provence, à Forcalquier, à Avig ion, à Arles, à Beaucaire, à Montpellier et à Carcassonne ; partout ils prêchaient publiquement les uns contre les autres et se prodiguaient les pires injures. Plusieurs brefs de Clément IV montrent que le page fut obligé d'intervenir; il ordonne qu'à l'avenir les inquisiteurs ne doivent pas user de leurs pouvoirs pour se persécuter entre eux, quelle que soit la culpabilité apparente de l'une des parties — preuve que les armes les plus redoutables du Saint- 303 Office avaient été employées au cours de cette lutte. Mais il ne semble pas qu'on se soit conformé strictement à cette défense, car, deux siècles après, en 1479, Sixte IV est encore obligé d'interdire aux inquisiteurs de mettre en jugement les membres de l'ordre rival. Le zèle jaloux avec lequel ils défendaient leurs limites territoriales se révèle encore dans la dispute qui s'éleva en 1290 au sujet du Trévisan. C'était un territoire dominicain ; mais, pendant des années, les fonctions d'inquisiteur à Trévise furent occupées par le Franciscain Filippo Bonaccorso. Quand, en 1289, il accepta l'évêché de Trente, les Dominicains s'attendirent à ce que l'office de Trévise leur fût rendu et s'indignèrent lorsqu'il fut attribué à un autre Franciscain, Frà Bonajuncta. L'inquisiteur dominicain de Lombardie, Frà Pagano, et son vicaire Frà Viviano, allèrent si loin dans leur résistance que des désordres sérieux éclatèrent à Vérone; Nicolas IV dut intervenir en 1291 et punit les délinquants par la privation à perpétuité de leurs fonctions. Ce doit avoir été une grande joie ou, tout au moins, une consolation pour les hérétiques de voir ainsi leurs persécuteurs se persécuter entre eux.

L'hostilité des deux Ordres était si profonde que Clément IV crut nécessaire de décréter qu'il y aurait toujours un intervalle d'au moins trois mille pieds entre leurs domaines respectifs — règlement qui donna naissance à toute une série de querelles compliquées. Ils se disputaient même le droit de préséance dans les processions et aux obsèques, droit que Martin V, en 1423, finit par concéder aux Dominicains. I^ous verrons plus loin quel rôle important cette rivalité implacable

Page 1