PÉNALITÉS ARBITRAIRES
Bien qu'il eût juré de le faire et eût même donné caution à col effet, il ne comparut point et fut condamné par défaut après trois jours d'attente. Tout à coup il se montra à Rome et affirma au pape Innocent qu'il avait été obligé de prêter serment et d<donner caution après en avoir appelé au Saint-Siège. Le pi [te le renvoya à l'archevêque de Sens, à l'évoque de Nevers et à Maître Robert de Corzon, chargés de l'examiner au point de vue de l'orthodoxie. Deux ans après, en 1213, nous le retrouvons à Rome, expliquant qu'il avait craint de se présenter à l'heure convenue devant ses juges, parce que les passions populaires contre les hérétiques étaient si surexcitées qu'on brûlait non seulement les coupables, mais les suspects. Il sollicitait la protection du pape et le droit d'accomplir la pur galion canonique à Rome. De nouveau, Innocent le renvoya, avec ordre aux prélats de lui donner un sauf-conduit et de veiller à sa sécurité jusqu'à ce que l'on eût statué sur son cas. Il importe peu de savoir s'il était innocent ou coupable, s'il fut absous ou condamné. L'exemple de ce chanoine prouve suffisamment 308 (Iue Ie système alors en vigueur empêchait toute répression efficace de l'hérésie (1).
Alors même qu'on avait réussi à établir le crime, l'échelle des peines présentait la même incertitude. Dans l'affaire des Cathares qui avouèrent à Liège en 1144 et qu'on eut peine à sauver de la fureur de la foule, les autorités ecclésiastiques s'adressèrent à Lucius III pour demander ce qu'il fallait faire des coupables. Ceux qu'on captura dans les Flandres en 1462 furent envoyés à Alexandre III, alors en France, pour être jugés; mais le pape les renvoya à l'archevêque de Reims. Guillaume, abbé de Vézelai, jouissait de la juridiction plénière : cependant, en 1167, ayant en son pouvoir quelques hérétiques qui avaient avoué, il éprouva tant d'embarras qu'il s'adressa à la fouie assemblée, lui demandant quel châtiment il devait leur infliger. Un cri unanime de : « Brûlez-les ! » lui répondit, et cette sentence fut immédiatement exécutée ; l'un des malheu-
(1) Chron. Landunens. Canon, ann. 1204 (D. Bouquet, xvih, 713). — Chronolog. Roberti Autissiodor. ann. 1201. — lnnoc. PP. III. Jiegest. xiv, 15; xvi, 17.