‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 320 sur 551 · EFFORTS DES PAPES · texte numérisé non relu

EFFORTS DES PAPES

fcence,et ceux qui retomberaient dans l'erreur après avoir abjuré, devaient être livrés au bras séculier pour recevoir le châtiment mérité. Il n'y avait, dans tout cela, rien de bien original; ce n'était que la mise en vigeur d'institutions existantes et une tentative pour rappeler les évêques au sentiment de leurs 314 devoirs. Mais un pas important fut fait lorsque le pape supprima, en matière d'hérésie, toutes les exemptions de la juridiction épiseopale et soumit aux évêques les ordres monastiques privilégiés qui dépendaient directement de Rome. En outre, les fauteurs d'hérésie étaient déclarés incapables d'être avocats ou témoins, ainsi que de remplir aucune fonction publique (1).

Nous avons déjà vu que cet effort échoua complètement devant l'inertie de l'épiscopat. Le fait est que, vu l'indifférence générale des puissances séculières, leur zèle même serait resté sans eiïet. Quand l'évêque de Castellano écrivit à Lucius III que les Cathares faisaient beaucoup de prosélytes à, Venise et demanda des instructions, le pape se contenta de lui répondre qu'il devait imposer des pénitences à ceux qu'il pourrait reconquérir à l'Église et exiger d'eux la promesse écrite qu'en cas de rechute ils se soumettraient à la confiscation. Quant aux obstinés, il devait les excommunier publiquement et s'efforcer de persuader au Doge et au peuple de ne pas les fréquenter, de les persécuter et de distribuer leurs biens aux fidèles. Cela n'était guère encourageant; les armes se rouillaient entre les mains indolentes des évêques et les hérétiques croissaient et multipliaient au point que Rome se vit obligée d'en appeler aux armes des fidèles pour n'être point dépossédée de son empire Mais elle reconnut que la victoire brutale ne suffirait point si elle n'organisait pas, en même temps, la persécution d'après de nouveaux principes. Tandis que Monfort et ses bandes menaçaient les hérétiques, un concile se réunit à Avignon en 1209, sous la présidence de Hugues, légat du pape, et décréta une série de mesures qui, en substance, ne sont que la confirmation de celles que Lucius III avait prescrites vingt-cinq ans plus tôt.

(i) Lucii PP. III. Epist. 171.

358 CONCILE DE NARBONXE

La principale modification concernait l'intervention des prêtres qui, dans chaque paroisse, devaient être adjoints aux laïques, témoins synodaux ou inquisiteurs locaux de l'hérésie. Ce système, confirmé en 1215 par le concile de Montpellier, donna lieu à des poursuites nombreuses et à l'érection de plusieurs bûchers. Quand le concile de Latran se réunit en 1215 pour consolider les conquêtes qui semblaient alors assurées à l'Église, les instructions de Lucius lit furent réitérées dans le même esprit. On crut en assurer suffisamment l'efficacité en décidant que tout évoque, négligeant de remplir ses devoirs à cet égard, serait déposé et remplacé par un autre mieux armé pour confondre L'hérésie (1).

315 Cette menace du conseil suprême de la Chrétienté resta sans effet. De loin en loin paraissait un fanatique eom'me Foulques de Toulouse ou Henry de Strabourg, qui travaillait vigoureusement à la suppression de l'hérésie; mais la plupart des prélats restaient aussi négligents que parle passé et il n'y a pas trace d'une action méthodique pour faire passer l'Inquisition périodique de la théorie dans la réalité. Le concile de Narbonne, en 1227, prescrivit à tous évèques d'instituer dans chaqui paroisse des témoins synodaux pour rechercher les hérétiques el les autres délinquants et les dénoncer aux fonctionnaires épiscopaux; mais les bons prélats de cette assemblée, satisfaits de cette manifestation d'énergie, se séparèrent et laissèrent les choses suivre leur cours. Nous n'avons guère besoin que Lucas de Tuy, un contemporain, nous affirme que la plupart des évèques étaient indifférents en matière d'hérésie, tandis que d'autres trouvaient moyen de s'en faire une source de revenus. Quand on leur reprochait leur inaction, ils répondaient: «Comment condamner des gens qui ne sont pas convaincus de leur crime et ne l'avouent point? » Le concile de Béziers, en 1234, ne réussit pas davantage en ordonnant aux prêtres de paroisse de dresser des listes de suspects et de les soumettre à une sévère

(1) Concil. Avenionens. ann. 1200, c. 2.— Concil. Monspessul. ann. 1215, c. 46.

Collcct. Lipsiens. Tit. i.iv. cap. 2 (Friedberg, Quinque compilât, antiquae,

p 204). — Douai?, Les source* de l histoire de l'Inquisition, in Revue des questions historiques, 1er oct. 1881, p. 401. — C. Laleran. iv. c. 2.

INQUISITION LÉGATINE . 359

surveillance (1). L'apathie du clergé séculier était invincible. Les papes sciaient efforcés d'avoir raison de l'indifférence des évèques en organisant une sorte d'Inquisition légatine intermittente. A mesure que la juridiction papale s'était étendue sous l'influence du système de Grégoire VII, le légat était devenu un instrument très utile pour faire sentir la puissance du pape dans les affaires intérieures des diocèses. En tant que représentants directs et plénipotentiaires du Vicaire de Dieu, les légats portaient avec eux et exerçaient l'autorité suprême du Saint Siège jusque dans les recoins les plus éloignés du monde chrétien. 11 était inévitable qu'on les employât un jour à stimuler la persécution languissante. Nous avons déjà vu le rôle qu'ils jouèrent dans les affaires albigeoises, depuis l'époque de Henri de Citeaux jusqu'à celle du cardinal Romano. En l'absence de toute procédure méthodique, on les employait même dans des cas spéciaux pour éclairer l'ignorance des prélats locaux, comme lorsque, en 1224, Honorius III ordonna à Conrad, évêque de Hildesheim, de traduire devant le légat Cinthio, cardinal de Porto, pour être jugé, Henri Minneke, prévôt de Sainte Marie de Goslar, qui retenait en prison comme suspect d'hérésie. Mais ce fut à Tou- 316 louse, après le traité de Paris en 1229, que l'on vit l'exemple le plus remarquable de l'action du légat concurremment avec celle de l'évêque — témoignage de l'incertitude qui régnait encore sur le rôle dévolu à l'Inquisition. Au mois de juillet, le comte Raymond, réconcilié avec l'Église, revint dans ses domaines, suivi par le cardinal-légat Romano; il devait s'assurer de l'exécution du traité et renvoyer les bandes armées de « pèlerins», qui se vengèrent de leur désappointement en détruisant les récoltes et en créant un état de famine dans le pays. Au mois de septembre, un concile s'assembla à Toulouse, comprenant tous les prélats du Languedoc et la plupart des barons les plus influents. Ce concile adopta un canon prescrivant de rechef à tous *les archevêques, évêques et abbés exemptés de mettre en pratique le système des témoins synodaux; mais il

(1) Concil. Narbonn. ann. 12 7, c. 14. — Lucoe Tudens De altéra vita c. 19. — Concil. Biterr. ann. 1234 c. 5.

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