LÉGISLATION SÉCULIÈRE
tendre les évêques, généralement en état d'hostilité avec leurs 319 ouailles ainsi qu'avec les puissants barons et seigneurs dont l'appui était indispensable. Assurément, les Ordres Mendiants étaient particulièrement dévoués à la papauté; ils firent de l'Inquisition un instrument puissant pour étendre l'influence de Rome et détruire le peu d'indépendance qui restait aux églises locales. Mais si ces considérations contribuèrent, dans la suite, au développement de leur action, il n'est guère probable qu'elles aient inspiré l'institution à ses débuts. Ainsi, aux yeux du public du xme siècle, l'organisation de l'Inquisition, confiée aux enfants de saint-Dominique et de saint-François, parut un remède naturel et même inévitable aux maux dont cette époque était affligée.
Le second facteur qui accéléra le succès de l'Église, dans la tache de persécution entreprise par elle, fut la législation séculière contre l'hérésie, qui commençait à revêtir alors une forme précise. Nous avons vu que l'Angleterre et l'Aragon, au xne siècle, avaient porté, contre les hérétiques, quelques édits isolés dont l'importance historique consiste en ceci, qu'ils attestent l'absence d'une législation pénale antérieure. Frédéric Barberousse ne prit aucune mesure efficace pour mettre en vigueur les règles promulguées par Lucius III à Vérone en 1184, bien que ces règles fussent revêtues de la sanction impériale. Le droit coutumier, adopté par Monfort à Pamiers en 4212, disparut naturellement en même temps que sa courte domination. Il y avait eu, il est vrai, quelques tentatives de législation au sujet des hérétiques, comme lorsque l'Empereur Henri VI, en 1194, prescrivit de confisquer leurs biens, de leur infliger des peines personnelles sévères, de détruire leurs maisons, d'imposer de lourdes amendes aux communautés ou aux individus qui négligeraient de les arrêter; mais le fait que ces prescriptions furent réitérées en 1210 par Othon IV montre assez qu'on s'était hâté de les oublier. Les quelques édits de cette époque qui nous sont parvenus attestent la conduite irrégulière et capricieuse dont le bras séculier usait alors envers l'hérésie. Ainsi, en 1217, Nunez Sancho de Rosellon décréta que les hé-