ÉDITS DE FRÉDÉRIC II
chaque maison avait sa coutume particulière. Innocent III s'efforça,' au concile de Latran en 1215, d'assurer l'uniformité par une série de règlements sévères définissant l'attitude de l'Église envers les hérétiques, ainsi que les devoirs du pouvoir séculier, qui devait les exterminer sous peine de forfaiture. Cela devint même un chapitre reconnu du droit canonique ; mais, en l'ahsence de toute coopération active des séculiers, ces prescriptions restèrent pendant quelque temps à l'état de lettre morte. Il était réservé à l'ennemi acharné de l'Église, Frédéric II, de briser, dans la plus grande partie de l'Europe, le particularisme des statuts locaux et de réduire la population à la merci des émissaires que la papauté trouvait bon d'accréditer auprès d'elle. Il avait besoin de la faveur d'Honorius III pour assurer son couronnement en 1220; et quand se produisit la rupture inévitable, H fut encore de son intérêt de réfuter l'accusation d'hérésie si souvent lancée contre lui en manifestant un zèle tout particulier à poursuivre les hérétiques, bien que sans doute, s'il avait été libre d'agir, son indifférence phi- 321 losophique l'eût porté à tolérer toute forme de croyance qui ne mît pas en péril l'obéissance due au souverain (1).
Dans une série d'édits datant de 1220 à 1239, Frédéric II promulgua un code complet et impitoyable de persécution, fondé sur les canons de Latran. Ceux qui étaient simplement suspects d'hérésie devaient, sur l'ordre de l'Église, se soumettre à la purgafion, sous peine d'être privés de leurs droits civils et mis au ban de l'Empire; s'ils restaient en cet état pendant un an, ils étaient condamnés comme hérétiques. Les hérétiques de toutes les sectes étaient hors la loi; une fois condamnés comme tels par l'Église, ils devaient être livrés au bras séculier pour être brûlés vifs. Si, par crainte de la mort, ils se rétractaient, ils devaient être jetés en prison pour le reste de leur vie et s'y soumettre à la pénitence. S'ils retombaient dans leurs erreurs, montrant ainsi que leur conversion n'avait pas été sincère, ils devaient être mis à mort. Tous les biens des héré-
(1) De Lagrèze, La Navarre, Française 1, xxi ; II, G. — Concil. Lateran IV. c 3 (C. 13 Extra v. vu).