‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 337 sur 551 · ÉVÈQUES ET INQUISITEURS · texte numérisé non relu

ÉVÈQUES ET INQUISITEURS

Le transfert à l'Inquisition de la vieille juridiction épiscopale en matière d'hérésie rendait nécessairement très délicats les rapports entre évèques et inquisiteurs. La nouvelle institution ne put s'établir qu'au prix de nombreux froissements, que révèlent les fluctuations de la politique adoptée, à différentes époques, pour préciser et régulariser leurs relations. En Italie, l'indépendance de l'épiscopat avait été brisée depuis longtemps et il ne pouvait opposer aucune barrière efficace aux empiétements sur sa juridiction. En Allemagne, les princes-évêques regardaient avec jalousie les intrus et ne leur permirent jamais de prendre pied d'une façon permanente dans le pays. En France, et plus particulièrement en Languedoc, bien que les prélats fussent plus indépendants qu'en Italie, la diffusion de l'hérésie exigeait une activité et une vigilance de beaucoup supérieures à leurs forces et ils se virent obligés de sacrifier une part de leurs prérogatives afin d'échapper au devoir plus pénible de remplir intégralement leurs fonctions. Toutefois, ils ne s'y résignèrent pas sans une lutte dont on peut apercevoir ia trace dans des efforls successifs, tentés en vue d'établir un moclus vivendi entre les différents tribunaux.

Nous avons vu tout à l'heure que les inquisiteurs se permirent d'abord de rendre des jugements en leur propre nom, sans faire mention des évèques. Cet empiétement sur la juridiction épiscopale constituait une innovation trop forte pour être durable ; aussi trouvons-nous presque immédiatement le cardinallégat d'Albano prescrivant aux inquisiteurs, par l'entremise de l'archevêque de Narbonne, de ne pas condamner d'hérétiques et de ne point imposer de pénitences sans faire appel au concours des évèques. Cet ordre dut être répété et rendu plus absolu; la question fut tranchée dans le même sens en 1246 par le concile de Béziers, où les évèques firent abandon des amendes qui devaient servir aux dépenses de l'Inquisition et rédigèrent une autre série d'instructions détaillées à l'usage des 333 inquisiteurs « cédant volontiers aux pieuses requêtes que vous

reos. ann. 1234. — Concil. AreUtens. ann. 1234. — Concil. Narbonn. ann. 1244. — Coll. Doat, xxi 143, 155, 158.

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