LES ÉVÊQUES ÉVINCÉS
nous ayez présentées ». Pendant quelque temps, les papes continuèrent à considérer les évoques comme responsables de la suppression de l'hérésie dans leurs diocèses et, par suite, comme la véritable source de la juridiction, En 4245, Innocent IV, en permettant aux inquisiteurs de modifier ou de commuer des sentences, spécifia que cela devait se faire d'accord avec l'évèque. En 1246, il prescrit à l'évêque d'Agen d'enquérir diligemment contre l'hérésie suivant les règles-fixées par le cardinal légat d'Albano et avec le même pouvoir que l'inquisiteur pour le don des indulgences. En 1247, il traite les évêques comme les vrais juges de l'hérésie en leur ordonnant de travailler sans relâche à la conversion des pécheurs avant de rendre des jugements entraînant la mort, la prison perpétuelle ou des pèlerinages au delà des mers ; même dans le cas d'hérétiques obstinés, ils doivent conférer attentivement avec l'inquisiteur ou d'autres personnes discrètes, pour savoir si le salut du pêcheur et l'intérêt de la foi demandent qu'on rende le jugement ou qu'on le diffère.
Nonobstant ces instructions, les sentences de Bernard de Caux, de 1246 à 1248, ne portent aucune trace d'une intervention des évêques. Évidemment, il y avait jalousie et antagonisme. En 1248, le concile de Valence dut obliger les évêques à publier et à observer les sentences des inquisiteurs, sous peine de se voir refuser l'entrée de leurs propres églises — preuve que les évêques n'étaient pas consultés sur les sentences et n'étaient pas disposés à les rendre exécutoires. En 1249, l'archevêque de Narbonne se plaint au pape que l'inquisiteur Pierre Durant et ses collègues aient absous, sans qu'il en eût connaissance, le chevalier Pierre de Cugunham, qui avait été convaincu d'hérésie ; sur quoi Innocent annula immédiatement la procédure. En fait, le pouvoir de faire grâce parait avoir été considéré comme appartenant en propre au Saint-Siège et nous trouvons, à cette époque, plusieurs exemples où ce pouvoir est conféré par Innocent à des évêques, avec ou sans l'injonction de l'exercer de concert avec les inquisiteurs. Finalement, cette question fut réglée en adoptant le principe de réserver,