DROITS RECONNUS AUX ÉVÊQUKS
Jusqu'à l'époque où nous sommes, l'Inquisition parait avoir été considérée simplement comme un expédient temporaire répondant à des nécesités spéciales, et chaque pape, lors de son avènement, publiait une série de bulles pour renouveler les oouvoirs des inquisiteurs. Mais l'hérésie se montrait singulièrement tenace; les populations avaient accepté l'institution nouvelle, dont l'utilité s'était manifestée par bien des services rendus, en dehors même de la préservation de la foi. On vint à la considérer comme un élément essentiel de l'organisation de l'Eglise et à la respecter, en conséquence, presque aveuglément. La décision de Grégoire au sujet du concert de l'évêque et de l'inquisiteur, dans tous les cas de condamnation grave, resta désormais en vigueur. Nous verrons plus loin que lorsque Clément Y s'efforça de mettre obstacle aux abus scandaleux du pouvoir inquisitorial, il chercha le remède dans une légère augmentation des droits de surveillance et de la responsabilité de l'épiscopat, imitant, en cela, une tentative qui avait été 336 fa^e dans le même sens par Philippe le Bel. Toutefois, lorsque l'évêque et l'inquisiteur étaient amis, la faible garantie ainsi offerte à l'accusé était réduite à néant, par le fait que l'un donnait à l'autre le pouvoir d'agir en son nom. On connaît des cas où l'évêque agit comme le délégué de l'inquisiteur, d'autres où l'inquisiteur est le délégué de l'évêque. La question de savoir si l'un des deux pouvait rendre, sans le concours de l'autre, une sentence valable d'absolution, a beaucoup exercé les canonistes et l'on cite des noms autorisés à l'appui de l'une et de l'autre opinion; il semble toutefois que la majorité ait incliné vers l'affirmative (1).
Le droit de surveillance des évèques fut notablement accru,
(1) Concil. Btterrens. ann. 1246. — Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doat, xxvn, 150; xxx, 107-9; xxxi. 14"», 180, 216). — Vaissete, m, Pr. 479, 496-7. — Martènc Th'saur. i. 1045. — Ripoll. i. 194, — Innoc. PP. iv. Bull. Licet ex omnibus, 30 mai 1254. — Concil. Albiens. ann. 1254. c. 24. — Alex. PP. iv. Bull. Licet ex omnibus, 20 jan. 1257; Ejusd. Bull. Ad Capiendum, ann. 1257. — Clément. PP. iv. Bull. Licet ex omnibus, 17 sept, 1205. — Gregor. PP. x. Bull. Pvx cunct s mentis, 20 apr. 1273. — Lib. Sentent. Inq. Tolosan. pass. — C. 17 Sexto v. 2. — Evmeric. Direct. Inq. p. 580. — Albert, Repert. Inq. s. v. Episcopui. — Zanchini Tract, de User et. xv. — Isambert, II, 747. — Pegnae, Comment, in Eymtricp. 578.
BULLE (( AD EXTIRPANDA » 383
du moins en Italie, en ce qui concernait l'importante question financière, lorsque Nicolas IV, en 1288, prescrivit que toutes les sommes provenant d'amendes et de confiscations fussent déposées entre les mains de personnes choisies de concert par l'inquisiteur et par l'évoque et qu'elles ne pussent être dépens >es que sur l'avis de ce dernier, auquel des comptes devaient être régulièrement rendus. C'était là une limitation sérieuse de 1 indépendance des inquisiteurs; mais cette mesure ne fut pas 1 mgtemps maintenue, Les évêques abusèrent bientôt de leur pouvoir de surveillance pour réclamer une part des dépouilles, sous le prétexte de conduire eux-mêmes des investigations, lîenoît XI, en 1304, mit fin à cette querelle indécente en annulant les décisions de son prédécesseur. Défense fut faite aux évoques d'exiger des comptes ; désormais, les inquisiteurs ne devaient plus en rendre qu'à la Chambre pontificale ou à des délégués spéciaux delà papauté (1).
S'il y eut ainsi des hésitations assez naturelles dans le règlement des relations délicates entre les juridictions compétentes, toute incertitude disparaissait dans les rapports de l'Inquisition avec la société en général. Dès ses premières années, alors qu'elle n'était qu'à l'état embryonnaire, l'Inquisition avait 337 rendu de tels services en soumettant l'hérésie aux lois séculières qu'on chercha de tous côtés à lui assurer une organisation stable, afin qu'elle pût contribuer avec plus d'efficacité encore à la découverte et au châtiment des crimes religieux. La mort de Frédéric II (1250), en faisant disparaître le principal ennemi de la papauté, lui fournit l'occasion de reprendre en son nom et de confirmer, à son profit, les rigoureux édits de cet empereur. En conséquence, le 15 mai 1252, Innocent IV communiqua à tous les potentats de l'Italie sa bulle fameuse Adextirpanda, établissant la persécution systématique comme un élément essentiel de l'édifice social dans chaque État et dans chaque ville, bien que le rôle mal défini attribué aux évêques, aux inquisiteurs et aux moines atteste combien leurs
(i) Wadding. Annal. Mirnrum ann. 123Q, n° 17. — c. Extrav. Commun, v. ni.