INERTIE DE L'OPINION PUBLIQUE
pouvoir devait, dans les dix jours après avoir revêtu ses fonctions, désigner, sur l'indication de l'évêque ou des Mendiants, trois bons catholiques, chargés d'enquérir sous serment sur les actes de son prédécesseur et de le poursuivre pour tout manquement à l'obéissance. En outre, chaque podestat, au début et à l'expiration de sa charge, devait faire donner lecture de la 339 bulle dans des endroits publics désignés par l'évêque et par les inquisiteurs, et effacer du livre des statuts toutes les lois qui pouvaient être en conflit avec elle. En même temps, Innocent adressait des instructions aux inquisiteurs, leur enjoignant d'obtenir, sous menace d'excommunication, l'insertion de cette bulle et des édits de Frédéric dans les statuts de toutes les villes et de tous les Etats. Bientôt après, il leur conféra le dangereux privilège d'interpréter, de concert avec les évêques, tous les points douteux des lois locales qui se rapportaient à l'hérésie. Ces prescriptions ne sont pas, comme on pourrait le croire, le produit d'une imagination en délire. Il s'agit d'une législation positive, pratique, mûrement élaborée et arrêtée en vue d'un but politique bien défini. L'état de l'opinion publique à cette époque est suffisamment caractérisé par le fait que des mesures aussi tjranniques furent acceptées par elle sans résistance. En 1254, Innocent IV y apporta quelques légères modifications suggérées par l'expérience. En 1255, 1256 et 1257, Alexandre IV revisa la bulle, dissipa quelques doutes qui s'étaient élevés et insista sut* la nécessité de nommer partout des enquêteurs pour examiner les actes des magistrats sortants. En 1259, il réédita la bulle dans son ensemble. En 1265, Clément IV la publia de nouveau avec quelques variantes, dont la principale consistait à ajouter le mot « inquisiteurs » dans les passages où Innocent n'avait désigné que les évêques et les moines — montrant ainsi que, dans l'intervalle, l'Inquisition était devenue l'instrument par excellence de la persécution des hérétiques. L'année suivante, il réitéra l'ordre donné par Innocent aux inquisiteurs de faire insérer dans tous les livres de statuts, sous peine d'excommunication et d'interdit, sa législation et celle de ses prédécesseurs. Ceci prouve qu'il y eut bien