VICES DES EVEQUES
et du pape faisait souvent de l'élection une formalité vide, où le pouvoir du roi ou du pape remportait suivant les circonstances. De plus en plus, les candidats évincés en appelaient à .Rome comme à un tribunal suprême ; de la sorte, l'influence du Saint-Siège s'accrut à tel point qu'en bien des cas c'est lui seul qui faisait les élections.
Au concile de Latran en 1139, Innocent II appliqua le système féodal à l'Église en déclarant que toutes les dignités ecclésiastiques étaient reçues et tenues comme des fiefs des papes. Mais, à quelque règle qu'on se conformât, on ne pouvait évidemment obtenir que les élus valussent mieux que la moyenne des électeurs. Lorsque les cardinaux entraient au conclave, ils devaient jurer en ces termes : « J'atteste Dieu que je choisirai celui que je jugerai digne d'être choisi suivant la volonté de Dieu. » Or, ce serment était notoirement inefficace pour assurer l'élection de pontifes dignes de servir comme vicaires de la Divinité. Ainsi, depuis le plus humble prêtre de paroisse jusqu'aux prélats les plus haut placés, tous les grades de la hiérarchie risquaient d'être occupés par des hommes ambitieux, égoïstes et mondains. Même les amis les plus exigeants de l'Église devaient se déclarer contents quand le pouvoir était attribué aux moins indignes. Pierre Damien, demandant à Grégoire YI de confirmer l'élection d'un évêque de Fossombrone, reconnaît qu'il devrait subir une pénitence avant d'exercer l'épiscopat, mais il ajoute que dans tout le diocèse il n'y a pas un seul ecclésiastique qui prête à de moindres objections ; tous sont égoïstes, ambitieux, trop avides d'avancement pour songer à s'en rendre dignes, désirant avec ardeur le pouvoir, mais absolument insouciants des devoirs qu'il impose (1).
Dans ces circonstances, la simonie, avec tous les maux qui l'accompagnent, était presque universelle ; ces maux se faisaient partout sentir, tant sur les électeurs que sur les élus. Au cours de la guerre inutile tentée par Grégoire VII et ses successeurs contre ce vice qui corrompait tout, le nombre des évêques
(1) Gratiani P. I, Dist. lxii. — Concil. Lateran. IV, c. xxm-xxv — lsambert, Anciennes lois françaises, i, 145. — P. Damiani Lib. i, Epist. h.