SIMONIE ET FRAUDES
dénoncés est l'indice le plus sûr de la profondeur et de la généralité du mal. Comme le déclarait Innocent III, cette maladie de l'Église ne pouvait être guérie ni par des remèdes adoucissants, ni par le feu ; Pierre Cantor, qui mourut en odeur de sainteté, raconte avec éloges l'histoire d'un certain cardinal Martin qui, officiant à la cour de Rome dans les solennités de Noël, repoussa un cadeau de vingt livres offert par le chancelier papal, par la raison que cet argent était notoirement le produit de la simonie et de la rapine.
Comme une preuve indéniable de la vertu de Pierre, cardinal de Saint-Chrysogone, autrefois évêque de Meaux, on disait qu'il avait, au cours d'une seule élection, refusé de se laisser corrompre au prix de cinq cents marcs d'argent.
Les princes temporels n'étaient pas moins disposés à battre monnaie avec le droit de confirmation qui leur était reconnu. Peu d'entre eux suivaient l'exemple de Philippe Auguste — qui, lorsque l'abbaye de Saint-Denis devint vacante et que le prévôt, l'économe et le cellérier de l'abbaye le sollicitaient secrètement, en lui faisant parvenir chacun un présent de cinq cents livres, se rendit tranquillement à l'abbaye, choisit un simple moine qu'il trouva debout dans un coin, lui conféra la dignité et, pardessus le marché, les mille cinq cents livres des trois candidats. Le concile de Rouen, en 4050, se plaint amèrement de la coutume pernicieuse en vertu de laquelle des hommes ambitieux accumulent, par tous les moyens possibles, des richesses, afin d'obtenir par là du prince et de ses courtisans les sièges épiscopaux qu'ils convoitent. Mais le concile dénonce le mal sans proposer de remède.
Il n'avait à s'occuper directement que des ducs de Normandie, mais le roi de France à cette époque, Henri 1er, était notoirement un vendeur d'évêchés. Il avait commencé son règne en interdisant, par un édit, l'achat et la vente de toute promotion sous peine de confiscation de l'argent employé et du bénéfice ; il s'était vanté de ne rien vouloir accepter pour l'exercice de son droit de confirmation, Dieu lui ayant donné sa couronne gratis, et il gourmandait sévèrement ses prélats au sujet de la
CORRUPTION ET VENALITE y
généralité d'un vice qui dévorait le cœur même de l'Église. Mais, avec le temps, il se conforma à l'usage établi, comme un seul exemple suffira à le montrer.
Un certain Hélinand, clerc de basse extraction et d'instruction insuffisante, avait trouvé des protecteurs à la cour d'Edouard le Confesseur, où il avait de nombreuses occasions de s'enrichir. Envoyé en mission auprès de Henri, il conclut avec lui un marché en vertu duquel il devait être pourvu du premier évèché vacant, qui se trouva être celui de Laon. Le successeur de Henri, Philippe Ier, était connu comme le plus vénal des hommes ; par une transaction analogue, et à l'aide de l'argent que lui avait procuré l'évêché de Laon, Hélinand acheta le siège de Reims. On pourrait multiplier indéfiniment les exemples de ces scandales, dont on conçoit assez l'influence désastreuse sur la moralité de l'Église (1).
Même quand l'avancement ecclésiastique n'était pas le prix de cadeaux d'argent, l'effet obtenu était également déplorable. Le népotisme n'était qu'une forme de la corruption. « Si, dit Pierre Cantor, ceux qui ont été promus par l'effet de leurs attaches de famille étaient obligés de se démettre, ce serait une crise effroyable dans l'Église. »
D'autres motifs, plus vils encore, exerçaient sans cesse leur influence. Philippe Ier, en punition de son adultère avec Bertrade d'Anjou, était nominalement privé du droit de confirmer les évêques; cependant il ne se trouva personne parmi eux pour l'empêcher d'user de ce droit. Vers l'an 1100, l'archevêque de Tours avait mérité les bonnes grâces du roi en paraissant considérer comme nulle l'excommunication qui pesait sur lui ; bientôt après, il réclama une récompense en demandant que le
(1) Innocent. PP. III, Regest. i, 261. — P. Cantor. Verb. abbrev. cap. cv. — Alex. PP. III, EpisL 395. — Cœsar. Heisterh. Dvd. Mirac. Dist. vi, c. 5. — Conçil. Rotomag.a.-n. 1050, c. 2. — Rodolphi Glabri Hist. lib. v, c. 5.— Guibert. Noviogent. De vita sua, lib. ni, c. 2. — Joann. Saresberiens. Polyrat. lib. vu, c. 19. — Hist. Monast. Andaginens. c. 81 — Ruperti Tuitensis Chron. S. Laurent, c. 28,45. — Hist. Monast. S. Laurent. Leodiens. lib. v, c. 62, 121-3. — Chron. Cornel. Zant/liet, ann. 1305.
On raconte une histoire très semblable à celle de Philippe Auguste sur le chancelier de Koger de Sicile et les trois candidats au siège d'Avellana. — Joann. Saresberiens. ubi supra.