CARACTÈRE GUERRIER DES PRÉLAT
siège vacant d'Orléans fût donné à un jeune homme qu'il aimait. Les vices de ce personnage étaient si notoires (le précé- ^ dent archevêque de Tours l'avait déjà protégé par les mêmes raisons) qu'on le connaissait sous le nom de Flora et qu'on chantait dans les rues des vers amoureux à son adresse. Les membres du clergé d'Orléans qui faisaient mine de protester furent exilés sous de fausses accusations et les autres, non contents de se soumettre, s'amusèrent du fait que l'élection avait eu lieu lors de la fête des Innocents :
« Eligimus puerum, puerorum festa colentes,
« Non nostrum morem, sed régis jussa sequentes. » (1)
C'est en vain que, dans un pareil milieu, les hommes supérieurs qui apparaissaient de temps en temps — comme Fulbert de Chartres, Hildebert du. Mans, Ivon de Chartres, Lanfranc, Anselme, Saint-Bruno, Saint-Bernard, Saint-Norbert, s'efforçaient de rétablir le respect de la religion et de la morale. Le courant contraire était trop fort; ils ne pouvaient que protester et donner des exemples que bien peu étaient capables de suivre. A cette époque de violence, la voix des humbles avait peu de chance d'être entendue et les dignités allaient à ceux qui excellaient dans l'intrigue, ou dont les tendances guerrières promettaient un appui efficace à leurs églises et à leurs vassaux.
Ce caractère militaire des prélats du moyen âge est un sujet qu'il serait intéressant d'étudier avec détail. Les riches abbayes et les puissants évêchés étaient considérés, en grande partie, comme les apanages des cadets de noble maison. Grâce aux modes d'élection que nous venons d'exposer, les titulaires de ces hautes situations étaient recrutés parmi les hommes d'esprit militaire, plutôt que parmi les adeptes exclusifs de la religion. Lorsque l'excommunication était impuissante à désarmer des vassaux belliqueux ou des voisins envahissants, le bras séculier intervenait, représenté par l'évêque lui-même, et le paysan,
(1) P. Cantor. Yerb. abbrev. cap. xxxvi. — Chron. Turon. 1097.— Ivon. Carnotens. lib. i, epp. lxvi. lxvh.