CONFLITS DE JURIDICTIONS
juridiction épiscopale ordinaire restait intacte. Vers 1240, nous voyons l'évêque de Toulouse et son prévôt conduire, sans l'aide d'un inquisiteur, une enquête pour hérésie au sujet des puissants seigneurs de Niort. Des évêques zélés coopéraient souvent avec les inquisiteurs dans l'examen des hérétiques et enquê. taient aussi pour leur propre compte. Ainsi, à Albi, en 1299> toute une série de procès furent jugés au palais épiscopal, devant l'évêque, assisté quelquefois de Nicolas d'Abbeville, inquisiteur de Carcassonne, quelquefois de Bertrand de Clermont, inquisiteur de Toulouse, parfois de l'un et de l'autre. A l'origine, comme nous l'avons vu, l'inquisiteur était seulement l'auxiliaire de l'évêque et ce dernier n'était nullement affranchi de ses devoirs en ce qui touchait l'extirpation de l'hérésie. Parfois les évêques désignaient eux-mêmes des inquisiteurs pour opérer plus efficacement; les noms de fonctionnaires de ce genre, agissant au nom des archevêques de Narbonne, paraissent dans des documents de 1251 et de 1325. Rien, d'ailleurs, ne pouvait empêcher un prélat zélé d'accepter du pape un mandat d'inquisiteur, comme le fit Guillem Arnaud, évêque de 357 Carcassonne, qui, pendant son épiscopat, de 1249 à 1255, présida le tribunal de Carcassonne avec une énergie qu'auraient pu envier les Dominicains (1).
Il était cependant bien difficile que deux juridictions parallèles pussent co-exister sans donner lieu à des conflits. On prétendit bientôt que certains évêques, pour sauver leurs amis du zèle intolérant des inquisiteurs, les poursuivaient devant leurs propres tribunaux. Afin de résoudre les difficultés de cet ordre qui se multipliaient, Urbain IV, en 1262, autorisa les inquisiteurs à procéder dans tous les cas comme ils le jugeraient convenable, sans se préoccuper de savoir si les mêmes cas étaient soumis à l'examen des évêques. Cette prescription fut renouvelée en 1265 et en 1266 par Clément IV, avec des commen-
(1) Trésor des Chartes du Roi en Carcassonne (Doat, XXI. 34-49). — Lib. Confess. Inquis. Alhiae (Mss. Bib. Nat. fonds lat. H 847). — Archives Nat. de Fiance, i. 431, n°» 22-29. - Vaissete III. 446. - Coll. Doat, XXVII. 161. — Molinier, Llnquit. dans le Midi de la France, Paris, 1880, p. 275-6.