LEURS GUERRES INJUSTES
soumis au pillage, ne pouvait pas distinguer les ravages du 'baron féodal de ceux du représentant de Jésus-Christ.
Gauthier, évêque de Strasbourg, avait déclaré la guerre à ses bourgeois parce qu'ils refusaient de l'aider à intervenir dans une querelle entre un évêque de Metz et un noble. Comme les bourgeois se laissaient excommunier avec indifférence, l'évêque Gauthier les attaqua vigoureusement ; ils se placèrent alors sous le commandement de Rodolphe de Habsbourg et finirent par battre complètement leur évêque, après une guerre qui désola toute l'Alsace. C'est là même que Rodolphe acquit la réputation qui lui valut plus tard l'élévation au trône impérial.
Les chroniques de l'époque sont remplies d'incidents analogues. Prélats et barons étaient également turbulents, également mondains, et les barons n'avaient pas plus de scrupules à dévaster les biens de l'Église que les biens séculiers. Le pieux Godefroy de Bouillon, peu de temps avant la croisade qui lui donna le trône de Jérusalem, promena le fer et le feu dans les riches domaines de l'abbaye de Saint-Tron, qui fut réduite à la plus extrême indigence. Le peuple, écrasé par ces conflits, considérait barons et prêtres comme autant d'ennemis ; les prêtres étaient même plus redoutables, puisque leur colère ne menaçait pas seulement les corps, mais les âmes de leurs adversaires. Tel était particulièrement le cas en Allemagne, où les prélats étaient princes en même temps que prêtres et où une grande maison religieuse, comme l'abbaye de Saint-Gall, gouverna au temporel les cantons de Saint-Gall et d'Appenzell jusqu'à ce que ces derniers eussent réussi à secouer le joug au prix d'une guerre longue et désastreuse. L'historien de cette abbaye rappelle avec orgueil les vertus guerrières de plusieurs abbés. En parlant d'Ulric III, qui mourut en 1117, il remarque que cet homme, usé par beaucoup de batailles, trouva enfin la paix dans la mort. Tout cela résultait presque nécessairement de la réunion, sur une seule tête, des caractères du seigneur féodal et du prélat chrétien. Bien que les exemples en fussent plus frappants en Allemagne qu'ailleurs, il y en avait partout.