TEMPS DE GRACE
rente de celle de la majorité des fidèles. Quiconque n'obéissait pas à cet ordre était frappé ipso facto d'une excommunication que l'inquisiteur seul pouvait lever ; en revanche, l'obéissance était récompensée par une indulgence de trois ans.
En même temps l'inquisiteur proclamait un temps de grâce, durant de quinze à trente jours, pendant lequel tout hérétique qui se présentait spontanément, confessait ses erreurs, les abjurait et donnait des informations complètes sur ses coreligionnaires, était assuré d'immunité. Cette immunité était parfois sans réserve, parfois aussi elle ne comportait que l'exemption des peines les plus sévères — la mort, la prison, la confiscation ou l'exil. C'est de cette grâce limitée qu'il est question en 4235> la première fois qu'on nous parle de cet usage. En 1237, un coupable se tira d'affaire au prix d'une pénitence consistant à s'acquitter de deux courts pèlerinages, à secourir un mendiant par jour pendant le reste de sa vie et à payer à l'Inquisition une amende de dix livres mortaas « pour l'amour de Dieu ». Le temps de grâce écoulé, il était entendu qu'on ne pardonnerait à personne ; pendant ce délai, l'inquisiteur devait rester au logis, prêt à recevoir les dénonciations et les confessions; de longues séries d'interrogatoires avaient été rédigées à l'avance pour lui faciliter l'examen de ceux qui se présenteraient. En 4387 encore, lorsque Frà Antonio Secco attaqua les hérétiques des vallées vaudoises, il commença par publier dans l'église de Pignerol une déclaration aux termes de laquelle quiconque se dénoncerait ou en dénoncerait d'autres dans les huit jours échapperait à tout châtiment public, sauf peur parjure commis devant l'Inquisition. Tous ceux qui ne se présentèrent pas furent excommuniés (4).
Bernard Gui nous affirme que ce procédé était très fécond, non seulement parce qu'il provoquait beaucoup de conversions
(i) Guill. Pod. Laur. c. 43. — Vaissete, m. 402, 403, 404; Pr. 386. — Raynald. ann. 1243, n°31. — Concil. Narbonn. ann. 1244 c. i. — Cône. Riterr. ann. l.'4fi, append, c. 2, 5. — Angeii de Clavasio Summa anpel. s. v. Inquisitor § 9.— Arch. del'Inq. de Carc. circa 1245 (Doat, XXXI, 5.) - Guid. Fulcod. Quaest.n. — Bern. Guid. Practica P. IV (Doat, XXX.) Eymerici Direct. Inquis.?. 407-9. — Practica su er. Inquis. (Mss. Bib. Nat. fonds latin, n° 14930, fol. 227-8.) — Archivio Storico Italiano, 1865, n° 38, p. 16-17