‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 378 sur 551 · DÉNONCIATIONS · texte numérisé non relu

DÉNONCIATIONS

heureuses, mais parce qu'il fournissait des informations sur beaucoup d'hérétiques qui seraient restés ignorés — chaque pénitent étant obligé de dénoncer tous ceux qu'il connaissait ou qu'il suspectait. Il insiste particulièrement sur l'efficacité de celte enquête pour amener la capture des Parfaits cathares, qui avaient l'habitude de vivre cachés et ne pouvaient guère être trahis que par ceux de leur confiance. On se figure aisément la terreur qui s'emparait d'une communauté quand un inquisiteur y paraissait à l'improviste et publiait sa proclamation. Personne ne pouvait savoir quelles histoires circulaient sur son compte, ni le parti qu'en pouvaient tirer l'inimitié personnelle ou le zèle fanatique pour le compromettre auprès de l'inquisiteur. Orthodoxes et hérétiques avaient également sujet de s'alarmer. Un homme qui avait senti.de l'inclination pour 373 l'hérésie n'avait plus une minute de repos; dans la pensée qu'un mot jeté par lui en passant pouvait être rapporté, d'un moment à l'autre, par ses proches et ses amis les plus chers; affolé, il cédait à la peur et trahissait autrui de crainte d'être trahi luimême. Grégoire IX rappelait avec orgueil que, dans une occasion semblable, des parents dénoncèrent leurs enfants, des enfants leurs parents, des maris leurs femmes et des femmes leurs maris. Nous pouvons en croire Bernard Gui lorsqu'il nous dit que chaque révélation en amenait d'autres, jusqu'à ce que le réseau invisible s'étendit sur toute la région ; il ajoute que les confiscations nombreuses auxquelles ce système donnait lieu n'étaient pas le moindre profit qu'on en retirait (1).

Ces actes préliminaires avaient généralement pour théâtre le couvent de l'Ordre auquel appartenait l'inquisiteur, s'il en existait dans la localité, ou le palais épiscopal, si la ville en était pourvue. Dans d'autres cas, l'église ou les édifices municipaux étaient mis à contribution, car les autorités, tant laïques qu'ecclésiastiques, étaient tenues de fournir toute assistance en leur pouvoir. Chaque inquisiteur avait cependant son quartier général, où il devait rapporter, pour les mettre en lieu sûr, les

U) B. GuMon. loe. cit. — Rinoll. i, 46.

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