FALSIFICATION DES REGISTRES
380 ment augmenta beaucoup sa puissance, mais fit d'elle un objet de terreur pour tout le monde. Comme les descendants d'hérétiques étaient passibles de confiscation et pouvaient être frappés d'incapacité, les secrets de famille, si soigneusement conservés dans les archives de l'Inquisition, lui permettaient de molester, quand elle le jugeait convenable, des milliers d'innocents.
Elle avait d'ailleurs une habileté toute particulière à découvrir des faits déplaisants à la charge des ancêtres de ceux qui excitaient son mauvais vouloir et parfois sa cupidité. En 1306, pendant les troubles d'Albi, alors que le viguier royal ou gouverneur défendait la cause du peuple, l'inquisiteur Geoffroi d'Ablis publia qu'il avait trouvé dans les registres que le grand père du viguier avait été un hérétique et que, par conséquent, son petit-fils était incapable d'occuper une charge. Ainsi la population entière était à la merci du Saint-Office — et non seulement le peuple des vivants, mais celui des morts (1).
La tentation de falsifier les registres, lorsqu'il s'agissait de frapper un adversaire, était bien forte et les ennemis de l'Inquisition n'ont pas hésité à dire qu'elle y avait fréquemment cédé. Le Frère Bernard Délicieux, parlant au nom de tout l'Ordre franciscain du Languedoc, dans un document de l'an 1300, déclare non seulement que les registres sont indignes de confiance, mais qu'ils sont généralement considérés comme frauduleux. Nous verrons plus loin des faits qui justifient pleinement cette assertion. La méfiance populaire était encore accrue par cette circonstance que toute personne possédant chez elle des documents relatifs aux procédures de l'Inquisition ou aux poursuites contre les hérétiques était passible d'excommunication. D'autre part, ceux que ces registres menaçaient dans leur sécurité étaient également tentés de les détruire et l'on connait plusieurs cas où ils agirent en conséquence. Dès 1235, les citoyens de Narbonne, en révolte contre l'Inquisition, anéan-
(1) Guill. Pelisso Chron éd. Molinier p. 28. Concil. Narbonn. ann. 1244 c. b. — Concil. Biterrens. ann. 1246c. 31, 37. — Concil Altiens. ann. 1254 c. 21. — Alex. PP IV Bull. Licet vobis, 7 déc. 1255;éjusd. Bull. Prx cunctis, 9 nov. 1255, 13déc. 1255 — Lib. Sent. înq. Tolosan. p. 198-9. — Coll. Doat, XXXIV, 104.