MARCHE DE LA CÉRÉMONIE
Avec le temps, la cérémonie devint plus imposante. Le Dimanche lui fut réservé et comme il n'était pas permis, ces jourslà, de prêcher d'autres sermons dans la ville, le Dimanche de l'Avent et les jours de grandes fêtes furent exclus. Du haut de toutes les chaires, les prêtres invitaient le peuple à gagner, par sa présence, l'indulgence promise de quarante jours. Une sorte de scène était élevée au centre de l'église; les «pénitents» y prenaient place, entourés des officiers séculiers et ecclésiastiques. L'inquisiteur prononçait le sermon, après quoi le serment d'obédience était déféré aux représentants de l'autorité civile et un décret solennel d'excommunication fulminé contre ceux qui, d'une manière quelconque, entraveraient les opérations du Saint-Office. Puis le notaire donnait lecture des confessions en langue vulgaire et, après chacune, on demandait à l'accusé s'il la reconnaissait sincère ; cette question n'était d'ailleurs posée qu'à ceux dont on savait qu'ils étaient de vrais « pénitents » et ne provoqueraient pas de scandale par un démenti. Sur la réponse affirmative de l'accusé, on lui demandait s'il voulait se repentir, ou perdre à la fois son corps et son âme en persistant dans l'hérésie; il exprimait le désir d'abjurer et on lui donnait lecture de la formule d'abjuration, qu'il répétait phrase par phrase. Puis l'inquisiteur le déclarait absous de l'excommunication ipso facto qu'il avait encourue par son hérésie et lui promettait la grâce s'il se conduisait bien sous la sentence qui allait être prononcée. Les pénitents se succédaient ainsi à tour de rôle, en commençant par les moins coupables. Ceux qui devaient être « libérés», c'est-à-dire livrés au bras séculier, étaient gardés pour la fin ; la cérémonie qui les concernait était réservée pour laplace publique, où une plate-forme avait été érigée à cet 393 effet, afin que la sainteté de l'Église ne fût pas profanée par une sentence entraînant l'effusion du sang. Par le même motif, elle n'avait pas lieu un jour férié. Mais l'exécution était toujours remise au lendemain, afin que les condamnés eussent le temps de se convertir, que leurs âmes ne passassent point des flammes temporelles aux flammes éternelles. On prenait grand soin d'empêcher qu'ils ne pussent parler au peuple, de crainte que