MESURES ATROCES
leurs protestations d'innocence n'éveillassent quelque écho de sympathie (1).
Nous pouvons aisément nous figurer l'impression produite sur les esprits par ces terribles solennités, où, sur l'ordre de l'Inquisition, tous les grands et tous les puissants du pays étaient réunis pour prêter humblement le serment d'obédience et servir de témoins à l'exercice de la plus haute autorité, celle qui décidait du sort des hommes dans ce monde et dans l'autre. Lors du grand auto de fé tenu par Bernard Gui à Toulouse, en avril 1310, la solennité dura du dimanche 5 jusqu'au jeudi 9. D'abord, on adoucit les pénitences de quelques convertis digne» d'indulgence ; puis, vingt personnes furent condamnées à porter des croix et à accomplir des pèlerinages ; soixante cinq à la prison perpétuelle, dont trois à l'emprisonnement avec chaînes; enfin, dix-huit individus furent livrés au bras séculier et brûlés vifs. Lors de Yauto d'avril 4312, cinquante et une personnes furent condamnées au port de croix, quatre-vingt-six à la prison ; on confisqua les biens de dix défunts, après avoir déclaré qu'ils eussent mérité la prison ; on ordonna d'exhumer et de brûler les cadavres de trente-six autres; on livra cinq individus au bras séculier pour être brûlés et on condamna cinq contumaces. Une foi qui pouvait s'affirmer par de tels sacrifices était certainement de nature à inspirer la terreur, sinon l'amour. Il arrivait parfois qu'un hérétique obstiné interrompaitl'ordre des cérémonies. Ainsi, au mois d'octobre 1309, Amiel de Perles, célèbre docteur Cathare, avoua hautement son hétérodoxie et, sitôt arrêté, se soumit à Yendura en refusant toute boisson et toute nourriture. Craignant d'être frustré de sa victime, Bernard 394 abrégea la procédure et fit à Amiel l'honneur d'un auto spécial. Un cas semblable se produisit en 1313. Pierre Raymond, croyant Cathare, s'était laissé aller à abjurer et à solliciter la réconciliation dans Yauto de 1310. Condamné à la prison, il se repentit de sa faiblesse dans sa cellule. Les
(1) Eymer'c. Drect. Inquis. p. 503-12. — Doctrina de modoProcedendi (Martène, Thés. V. 1795-6 ) — Tract, de Paup. de Lugduno (ib. 1792.) — Lib. Sent Inauis Tolos p. 1, 6, 39, 98. 4