‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 397 sur 551 · HÉROÏSME DES MARTYRS · texte numérisé non relu

HÉROÏSME DES MARTYRS

souffrances morales de ce malheureux devinrent telles qu'il finit par se proclamer hautement relaps, affirmant qu'il voulait vivre et mourir dans l'hétérodoxie, que son seul regret était de ne pouvoir se faire hérétiquer par quelque ministre de sa foi. Il se mit également à X endura et, après six jours de jeûne, il voyait approcher la fin souhaitée. On se hâta de le condamner et d'organiser un petit auto pour lui et pour quelques autres, afin que le hûcher ne fût pas privé de sa proie (4).

Quelle constance ne fallut-il pas aux Cathares pour résister pendant- un siècle à une organisation pareille, aux mains d'hommes énergiques et infatigables ! Quelle dut être la force d'âme des Vaudois, qu'on ne réussit même pas à exterminer! Il n'y avait pour l'hérétique aucune chance de salut dans la fuite, car l'Inquisition veillait partout. Un étranger suspect était arrêté ; on s'assurait de son lieu de naissance et aussitôt que les messagers avaient pu franchir la distance qui l'en séparait, le Saint-Office de son ancienne résidence fournissait tous les renseignements nécessaires à son sujet. Alors, suivant les convenances, on le jugeait sur place ou on le réexpédiait à son domicile, chaque tribunal ayant dans sa juridiction non seulement les crimes des habitants du district, mais ceux des résidents étrangers. Quand Jacopo délia Chiusa, un des meurtriers de Saint-Pierre Martyr, prit la fuite, des informations propres à assurer sa capture furent expédiées jusqu'à l'Inquisition de Carcassonne. De temps en temps, cependant, des difficultés s'élevaient. Avant que l'Inquisition ne fût complètement organisée, Jayme 1er d'Aragon, en 1248, porta plainte contre l'inquisiteur de Toulouse, Bernard *9$ de Caux, parce qu'il citait ses sujets à comparaître devant lui, et Innocent IV prescrivit, sans grand succès, de mettre un terme à cet abus. Parfois, deux tribunaux réclamaient le même accusé ; le concile de Narbonne décida, en 1244, qu'il devait être jugé par l'inquisiteur qui avait d'abord procédé contre lui. A la vérité, si l'on tient compte de* la rivalité entre les Dominicains et les Franciscains, on s'étonne qu'il se soit élevé si peu

(1) Lib. Sentent. Inquis. Tolosan.p. 37, 39, 93, 99, 175, 178 9.

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