HISTORIOGRAPHIE DE L INQUISITION IX
tion, mais encore exclu du monde par la mort... Si l'hérétique s'obstine dans son erreur, l'Eglise, désespérant de son salut, doit pourvoir au salut des autres hommes en le retranchant de son sein par une sentence d'excommunication; pour le reste, elle l'abandonne au juge séculier, afin de le bannir de ce monde par la mort. »
Qu'en pensaient les hérétiques eux-mêmes? De leurs écrits, qui ont été systématiquement brûlés avec leurs auteurs par l'Inquisition, il ne reste presque rien. A peine possédons-nous quelques virulents sirventes des Troubadours du xme siècle contre les horreurs sanglantes des croisades albigeoises.
En juillet 1410, à la veille de la tragédie hussite déchaînée par les bûchers du concile de Constance, l'archevêque de Prague brûla publiquement les écrits de Wicleff. Aussitôt on chanta contre lui et son clergé une chanson en langue vulgaire, dont une fîère strophe nous a été conservée : « L'auto-da-fé décrété par l'archevêque Zbynek porte atteinte à l'honneur des Tchèques! (1) » Une autre chanson disait avec une ironie méprisante : « Zbynek, un évêque qui apprend à lire, décrète qu'il faut brûler les livres, ignorant lui-même de ce qu'ils contiennent ! (2) »
Du milieu du xve siècle (1460), après la grande « Vauderie » d'Arras, on a une dizaine de strophes
(1) Cantilenam in vulgari Boëmico fabricarunt, quam vulgares per vicos et plateas velut canes rabidi cum pueris discurrentes in opprobrium dictis librorum condemnatoribus taliter decantabant : « Zbynek knihy spalil, — Zdenèk je podpâlil, — ucinil haubu Cechom, — bèda bude vsem nevèrnym popôm. » (Palacky, Histoire de la nation tchèque (en tchèque), 1850, t. in, 1, p. 100, note 166. — Citation du manuscrit contemporain Invectiva contra Hus si tos.)
(2) Zbynek biskup abeceda spâlil kniehy, a nemèda, co je ne nicli napsano. » (Palacky, ouvrage cité, ibid.)