MYSTÈRE DE LA PROCÉDURE
dures judiciaires du caractère le plus trivial, étaient supprimées de propos délibéré alors que la vie et la réputation des accusés, alors que leur fortune pendant trois générations étaient enjeu. Toute question douteuse était tranchée « dans l'intérêt de la foi ». L'inquisiteur était autorisé et exhorté à procéder sommairement, à ne pas s'inquiéter des formes, à ne pas permettre qu'on lui créât des obstacles du fait des règles judiciaires et des arguties des avocats, à abréger la procédure le plus possible en privant l'accusé des facilités ordinaires de la défense et en rejetant tous les appels et exceptions dilatoires. La validité de la conclusion ne pouvait être atteinte par l'omission, à aucun degré de la procédure, des formes qui avaient été suggérées par l'expérience des siècles pour empêcher l'injustice et faire sentir au juge le poids de sa responsabilité (1).
Si la procédure avait été publique, l'infamie de ce système 406 aurait été sans doute atténuée; mais l'Inquisition s'enveloppait d'un profond mystère jusqu'après le prononcé de la sentence ; elle était prête alors à faire impression sur les multitudes en déroulant devant elle les solennités effroyables de l'auto de fè. A moins qu'une proclamation ne dût être faite en raison d'une absence, la citation même d'un homme suspect d'hérésie avait lieu en secret. La connaissance de ce qui se passait après que l'accusé s'était présenté au tribunal était réservée au petit nombre d'hommes discrets choisis par le juge, qui prêtaient serment de ne rien révéler ; même les experts réunis pour décider du sort de l'accusé devaient prendre le même engagement. Les secrets de ce lugubre tribunal étaient gardés avec le même soin ; nous savons par Bernard Gui que des extraits des procès-verbaux ne devaient être fournis qu'à titre exceptionnel et avec la plus méticuleuse discrétion. Paramo, cet étrange pédant qui prouve que Dieu fut le premier inquisiteur
(i) Alex PP. IV. Bull. Prae cunctis, % il, 9 nov. 1256.— Ejusd. Bull. Cupientes 10 déc. 1257; 4Mart. 1264. — Urbani PP. IV Bull. Licet ex omnibus, 1262 (Mag. Bull. Rom, i. 122.) — Ejusd. Bull. Prae cunctis, 2 Aug. 1264. — Clément. PP. IV Bull. Prae cunctis, 23 fev. 1266 — C. 20 Sexto v. 2. — Joan. Andréas Gfoss. sup. eod. — C. 2 Clément v. 11. — Bernard! Guidonis Practica P. IV (Doat, XXX.) — Eymeric. Direct Inquis. p. 583.