‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 408 sur 551 · TÉMOIGNAGES INSUFFISANTS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES INSUFFISANTS

rite, sans doute — les témoignages, bien que suffisants, à la rigueur, pour motiver la suspicion, avaient un caractère trop indéterminé et trop vague pour justifier une condamnation. Chaque rumeur futile, chaque propos inconsidéré étaient recueillis à l'instruction ; le moindre prétexte prenait de l'importance quand l'inquisiteur avait à démontrer qu'il ne s'était pas ému à la légère, et lorsqu'il avait en perspective des amendes et des confiscations qui devaient bénéficier à la foi. Même lorsque les témoignages étaient assez probants, d'autres raisons non moins fortes invitaient l'inquisiteur à « travailler » son prisonnier, à obtenir qu'il rétractât ses dénégations et s'en remit à la pitié du tribunal. Excepté dans le cas assez rare d'hérétiques qui défiaient leurs juges, la confession était toujours accompagnée de professions de conversion et de repentir. Non seulement on arrachait ainsi une âme à Satan, mais le nouveau converti était tenu de prouver sa sincérité en dénonçant tous ceux qu'il savait être hérétiques ou qu'il soupçonnait d'hérésie, frayant de la sorte comme des routes nouvelles à la marche de la persécution. Bernard Gui, copiant un de ses prédécesseurs, nous dit éloquemment que lorsque l'évidence externe était insuffisante, l'âme de l'inquisiteur était en proie aux soucis les plus cruels. D'une part, en effet, sa conscience le tourmentait s'il châtiait un suspect qui n'avait pas avoué et n'avait pas été convaincu de son crime; de l'autre, il souffrait plus encore, sachant par expérience la malice de ces hommes, s'il les laissait échapper grâce à leur astuce et au grand dommage de la foi. En pareil cas, ils s'enhardissaient par le succès, en même temps qu'ils étaient rendus plus prudents pour l'avenir, tandis que les laïques étaient scandalisés de l'impuissance de l'Inquisition, jouée et bafouée par des ignorants, elle à qui le vulgaire attribuait une science telle qu'aucun hérétique ne pouvait lui échapper! On voit par là combien l'amour-propre de l'inquisiteur était intéressé à découvrir des coupables. 409 Dans un autre passage, Bernard Gui insiste sur l'importance que présente pour la foi la conversion des hérétiques, non seulement parce qu'ils'sont obligés alors de dénoncer leurs com-

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