DÉLATION OBLIGATOIRE
plices, leurs lieux de retraite et leurs conventicules ténébreux, mais parce que ceux sur qui ils avaient pris de l'empire sont plus disposés à reconnaître leurs erreurs et à se convertir à leur tour. Dès 4246 le concile de Béziers avait signalé l'utilité de ces conversions et exhorté les inquisiteurs à n'épargner aucun effort pour les obtenir. Tous les auteurs de l'Inquisition sont aussi d'accord pour déclarer que la dénonciation des complices est Tindice indispensable d'une conversion sincère. L'hérétique repentant qui reculait devant cette trahison demandait en vain réconciliation et pitié; son refus de dénoncer ses amis et ses proches était la preuve qu'il ne se repentait pas et on le livrait immédiatement au bras séculier — exactement comme, dans la loi romaine, un Manichéen converti, qui frayait avec des Manichéens sans les dénoncer, était passible de la peine capitale. L'utilité pratique de cette horrible exigence parait clairement dans le cas de Saurine Rigaud, qui fit des aveux à Toulouse en 1254; la confession de celte femme est suivie d'une liste de 169 personnes dénoncées par elle, avec l'indication du lieu de leur résidence.
Un certain Guillem Sicrède de Toulouse avait abjuré et s'était réconcilié en 1262. Cinquante ans après, en 1311, il se trouvait au lit demort de son frère, qui fut hérétique ; Guillem s'y était opposé vainement, mais ilne se fit pas dénonciateur. Le fait ayant été révélé, on demanda à Guillem la raison de son silence; il répondit qu'il n'avait pas voulu faire tort à ses neveux, sur lesquels pesait une menace de confiscation. Pour cela, il fut condamné à la prison perpétuelle ! La délation était si indispensable à l'Inquisition qu'elle la provoquait par des promesses comme par des menaces. Bernard Gui nous dit que ceux qui se présentent spontanément et font preuve de zèle en dénonçant tous leurs complices ne doivent pas seulement bénéficier d'une grâce complète, mais être récompensés par les princes et les prélats. La dénonciation d'un seul Parfait assurait l'immunité et peutêtre, par surcroît, une récompense. (1)
(I) Bernard Guidon. Pra<tv>a P. iv. v (Doat, XXX.) - Concil. Biterrens. ann. 1246, Append. c. 16 - Tractât, de Paup.de Lugdun. (Martène, Thés. v. 1791-4.