‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 412 sur 551 · PIÈGES TENDUS AUX INNOCENTS · texte numérisé non relu

PIÈGES TENDUS AUX INNOCENTS

« Moi. — Vous croyez que je le crois, mais je ne vous demande pas 413 cela: je demande si vous le croyez. »

« A. — Si vous voulez interpréter tout ce que je dis autrement que d'une façon simple et claire, alors je ne sais plus que dire. Je suis un homme simple et ignorant. Je vous en prie, ne me tendez pas de pièges sur les mots. »

« Moi. — Si vous êtes simple, répondez simplement, non évasivement. »

« A . — Volontiers. »

« Moi. — Alors voulez-vous jurer que vous n'avez jamais rien appris de contraire à la foi que nous croyons véritable ? »

« A (pâlissant). — Si je dois jurer, je jurerai volontiers. »

« Moi. — Je ne demande pas si vous devez jurer, mais si vous voulez jurer. »

« A. — Si vous m'ordonnez de jurer, je jurerai. »

« Moi. — Je ne vous oblige pas de jurer, car comme vous croyez que les serments sont interdits, vous rejeleriez le péché sur moi qui vous y aurais contraint ; mais si vous voulez jurer, je recevrai votre serment. »

» A. — Pourquoi jurerais-je si vous ne me le prescrivez pas? »

« Moi. — Afin d'écarter de vous le soupçon d'hérésie. »

« A. — Je ne saurais comment m'y prendre si vous ne m'aidez pas.»

« Moi. — Si j'avais à jurer, je lèverais la main, j'écarterais les doigts et je dirais : Dieu m'est témoin que je n'ai jamais appris l'hérésie nj cru ce qui est contraire à la vraie foi. »

« Alors il balbutie comme s'il ne pouvait pas répéter la formule et emble parler au nom d'un autre, de sorte qu'il ne prête pas véritablement serment et cependant veut paraître le prêter. D'autres fois, il transforme le serment en une formule de prière, par exemple : « Dieu me soit témoin que je ne suis pas un hérétique! » et si on lui demande après : « Avez-vousjuré? » il répond: « Ne m'avez-vous pas entendu? » Pressé davantage, il fait appel à la pitié du juge et lui dit: « Si j'ai péché, je consens à faire pénitence, mais aidez-moi à me laver d'une accusation injuste et malicieuse. » Mais un inquisiteur énergique ne doit pas permettre qu'on l'arrête ainsi; il doit aller de lavant avec vigueur jusqu'à ce qu'il obtienne que le suspect confesse son erreur, ou du moins l'abjure publiquement, de sorte que, si Ton découvre plus tard ^u'il s'est parjuré, on puisse le livrer, sans autre interrogatoire, au bras séculier. Si un accusé consent à jurer qu'il n'est pas hérétique, je lui dis: « Si vous voulez jurer pour échapper au bûcher, un serment ne me suffira pas, ni dix, ni cent, ni mille, parce que vous vousaccordez mutuellement la dispense pour un certain nombre de serments prêtés par nécessité; donc, j'en exigerai un nombre infini. En outre, si j'ai contre vous, comme je le présume, des témoignages contraires à vos dires, vos serments ne vous empêcheront pas d'être brûlé. Vous souillerez seule -

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