HABILETÉ DES ACCUSÉS
ment votre conscience sans échapper à la mort. Mais si vous voulez amplement confesser votre erreur, vous pourrez être traité avec miséricorde. » Jai vu des hommes qui, effrayés par ces paroles, ont avoué (1). »
Le même inquisiteur cite un exemple bien frappant de l'habileté des simples à déjouer les astucieux interrogatoires des plus fins limiers du Saint-Office. Il s'agit d'une pauvre servante qui. pendant plusieurs jours, éluda les questions d'examinateurs de choix et qui aurait fini par échapper si l'on n'avait trouvé sur elle un fragment d'un os d'un hérétique qui avait été récemment brûlé ; au dire d'une de ses compagnes, qui avait recueilli avec elle les ossements du martyr, elle en avait conservé un comme relique. Mais l'inquisiteur ne dit pas combien de millions de bons catholiques, affolés par le jeu infâme auquel ils étaient soumis, désorientés par les complications de la théologie scolastique, ne sachant commentrépondre à des questions insidieuses, épouvantés par la menace du bûcher s'ils persistaient dans leurs dénégations, confessèrent, en désespoir de cause, le crime qu'on leur imputait avec tant d'assurance et confirmèrent leur conversion en racontant des fables sur leurs voisins, tout en expiant leurs prétendus torts par la confiscation et la prison perpétuelle !
Il arrivait pourtant que l'innocence ou l'astuce de l'accusé triomphât de tous les efforts de l'inquisiteur. Mais ses ressources, même alors, n'étaient nullement épuisées et nous touchons ici à l'un des plus répugnants chapitres de cette histoire...
L'inconséquence humaine, dans ses développements si variés, ne s'est jamais manifestée sous un jour plus déplorable qu'au cours des instructions transmises aux jeunes Frères par les vétérans du Saint Office — - instructions qui ne devaient être communiquées qu'aux initiés et qui, par suite, étaient rédigées avec la plus entière franchise. Familiarisés par une longue ,415 expérience avec tout ce qui peut émouvoir le cœur de l'homme;
(1) Tract, de Paup. de I iigdunô (Martène, Thés. v. 1792.) — Cf. Bernard. Gui don. Fractica P. v. (Doat, XXX. )