FRAUDE ET TORTURE
et plus calculatrice, plus impitoyable et plus efficace, que la colère et la rage; mais l'historien impartial doit reconnaître que, si beaucoup d'inquisiteurs furent des lourdauds, se conformant sans réflexion à une routine qui leur tenait lieu de vocation, si d'autres furent des tyrans avides ou sanguinaires stimulés uniquement par l'intérêt personnel ou l'ambition, il j'en eut d'autres, beaucoup d'autres qui crurent accomplir une tâche élevée et sainte, soit qu'ils livrassent un hérétique impénitent aux flammes, soit que, par des moyens d'une inqualifiable bassesse, ils sauvassent des griffes de Satan une âme qu'il avait déjà comptée comme sienne. On leur enseignait qu'il 416 valait mieux laisser échapper le coupable que de condamner l'innocent et, en conséquence, il leur fallait soit des témoignages décisifs, soit des aveux. En l'absence de preuves absolues, la conscience même d'un juge lui faisait un devoir de tenter l'impossible pour arracher un aveu à sa victime. La faute n'était pas à lui, mais au système dont il était l'instrument (1).
Les ressources dont disposait un inquisiteur pour extorquer des aveux peuvent se répartir en deux catégories : la fraude et la torture — cette dernière comprenant les diverses variétés des souffrances physiques et morales, de quelque façon qu'on les infligeât.
L'expédient le moins cruel peut-être pour surprendre la confession d'un accusé était le suivant. L'examinateur devait toujours admettre comme établi le fait qu'il cherchait à prouver etquestionnerle patient au sujet de quelque détail, lui demander, par exemple, combien de fois il avait fait profession d'hérésie, ou dans quelle chambre de^a maison il avait reçu des hérétiques. On conseille aussi à l'inquisiteur, pendant l'interrogatoire, de tourner les pages de son dossier comme s'il le consultait, puis de déclarer hardiment à l'accusé qu'il ne dit pas la vérité, car elle est ceci ou cela; il peut aussi choisir au hasard un papier et prétendre y lire « tout ce qui peut servira tromper l'accusé » ; ou encore il peut lui dire que certains docteurs delà
(1, Practica super Inquisitione (Mss. Bib. Nat. fonds latin, n° 14930, fol. 221.)