ROLE DES ESPIONS
secte l'ont mis en cause dans leurs révélations. Pour rendre ces fraudes plus efficaces, le geôlier avait ordre de s'insinuer dans la conûance des prisonniers, de feindre pour eux l'intérêt et la compassion, de les exhorter à avouer sans retard, parce que l'inquisiteur est un homme clément qui aura pitié d'eux. Ensuite l'inquisiteur devait prétendre qu'il possédait des témoignages irrécusables et que si l'accusé voulait avouer et dénoncer ceux qui l'avaient induit en erreur, on le remettrait sur-lechamp en liberté. Un piège plus compliqué consistait à traiter le prisonnier avec bonté, non avec rigueur ; à envoyer dans sa 41? cellule des agents éprouvés pour capter sa confiance, à l'inciter à faire des aveux par des promesses de clémence et d'intercession. Au moment voulu, l'inquisiteur paraissait en personne €t confirmait ces promesses, avec la restriction mentale que tout ce qu'on fait pour la conversion des hérétiques est œuvre de clémence, que les pénitences sont des charités et des remèdes spirituels — de sorte que lorsque le misérable réclamait la pitié en échange de ses révélations, on le tranquillisait en répondant qu'il serait fait pour lui bien plus encore qu'il ne demandait (1).
Il était inévitable que, dans une pareille organisation, les espions jouassent un grand rôle. Les agents éprouvés qui pénétraient dans la cellule du prisonnier avaient ordre de le conduire de confession en confession jusqu'à ce qu'ils eussent recueilli de quoi l'incriminer, sans qu'il pût s'en aper- -evoir. On nous dit que des hérétiques convertis étaient particulièrement propres à cette besogne. Un de ces hommes allait visiter un accusé et lui disait qu'il avait seulement simulé une conversion; un jour, après plusieurs entretiens, il lui arrivait de s'attarder et la porte était verrouillée derrière lui. Alors, dans l'obscurité, s'engageait une conversation confidentielle; mais derrière la porte, dans l'ombre, se dissimulaient des témoins, assistés d'un notaire, qui recueillaient toutes les paroles '
de la victime. Toutes les fois que c'était possible, on employait
(1) Tract, de Paup. de Lugduno (Martène Thés. v. 1793.) — Eymeric. Direct. Inquis. p. 433-4. — Modus examiaandi hsereticos (Mag. Bib. Pat. xih 341.)