‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 418 sur 551 · AJOURNEMENTS INDÉFINIS · texte numérisé non relu

AJOURNEMENTS INDÉFINIS

trant dans les chairs, causaient de telles douleurs à la victime que lorsqu'ils vinrent pour la voir, le lendemain, l'infortuné supplia avec instance qu'on le fit sortir pour le brûler. Ils refusèrent froidement et le laissèrent attaché pendant vingt-quatre heures encore. Au bout de ce temps, la torture et l'épuisement avaient vaincu son obstination. Il se rétracta humblement, se retira dans un monastère Paulite et y mena désormais une vie exemplaire (1).

Comme bien on le pense, l'Inquisition n'hésitait guère à employer des moyens énergiques pour dompter la persévérance d'un captif qui refusait d'avouer ou de se rétracter. S'il y avait espoir d'en venir à bout par l'affection, on laissait pénétrer dans sa cellule sa femme et ses enfants, dont les larmes et les exhortations pouvaient le fléchir. Après les menaces on essayait des caresses. Le prisonnier était retiré de sa geôle infecte pour être installé dans une chambre commode, où il était bien nourri et traité avec une bonté apparente, dans la pensée que sa résolution pouvait être affaiblie par des alternatives d'espoir et de désespoir. Maître dans l'art de manipuler le cœur humain, l'inquisiteur essayait successivement tous les systèmes qui pouvaient lui assurer la victoire dans la lutte inégale contre un malheureux livré sans défense à ses tentatives. Un des plus efficaces était la torture lente des ajournements indéfinis. Le captif qui refusait d'avouer, ou dont les aveux semblaient incom- 41 plets, était renvoyé dans sa cellule et abandonné à ses réflexions dans la solitude et l'obscurité. Sauf quelques cas rares, le temps ne comptait pas pour l'Inquisition ; elle pouvait attendre. Le jour arrivait, après plusieurs semaines ou plusieurs mois, où le prisonnier demandait à être entendu de nouveau; si ses réponses étaient encore insuffisantes, on l'enfermait et il pouvait rester ainsi, subissant la prison préventive, pendant des années et même des dizaines d'années. A moins que la mort ne vint le délivrer, il était presque inévitable qu'il capitulât ; les auteurs sont tous d'accord sur les effets heureux, quoique lents, .

(1) Wadding. Annal, ann. 1228, n° 45. — Nideri Formicar. lib. m. c. 10.

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